Prévalence et facteurs de risque de dysphagie après intubation

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Après une intubation endotrachéale, de nombreux patients souffrent de dysphagie. Ce symptôme toucherait ainsi près de 60 % des patients extubés issus des unités de soins intensifs. Or, des données suggèrent que le pronostic est moins bon lorsque les patients continuent à présenter une dysphagie post-intubation. Des chercheurs ont suivi une cohorte de patients ayant présenté un syndrome de détresse respiratoire aiguë afin d'évaluer la fréquence, les conditions de survenue, et le pronostic de la dysphagie dans les 5 ans suivant l'hospitalisation initiale.

Méthodologie

  • L'analyse est issue de l'étude prospective multicentrique (13 centres) américaine Improving Care of Acute Lung Injury Patients : celle-ci a été conduite auprès de patients dont la ventilation mécanique par intubation endotrachéale pour détresse respiratoire aiguë (DRA) avait été décidée au sein des unités de soins intensifs participantes entre 2004 et 2007.

  • Les comorbidités limitant l'espérance de vie à moins de 6 mois, l'incapacité à communiquer ou s'exprimer, un diagnostic de DRA déjà posé au moins 24 heures avant l'arrivée dans le service et l'incapacité à boire ou à manger par voie orale à la sortie d'hôpital faisaient partie des critères d'exclusion principaux.

  • Le critère principal d'évaluation reposait sur le délai avant guérison de la dysphagie, sur la base des évaluations cliniques réalisées à 3, 6, 12, 24, 36, 48 et 60 mois post-intubation.

  • La dysphagie était évaluée à partir du score SSQ qui repose sur 17 questions dont 16 sont fondées sur une échelle visuelle analogique graduée entre 0 et 100. Le score final est compris entre 0 et 1700 selon la sévérité croissante des symptômes, sachant que la dysphagie était considérée comme cliniquement significative à partir de 200.

  • Les données ont été analysées en intégrant différents paramètres pouvant influencer les résultats : données propres au patient (âge, sexe, origine ethnique, IMC, comorbidités – notamment neurologiques et gastro-intestinales-, indice de comorbidité de Charlson), propres au service (sévérité de la maladie à l'admission, durée d'intubation, défaillance organique, délai de maintien en soins intensifs…) ou à l'hôpital (durée totale d'hospitalisation, délai entre l'extubation et la sortie…).

Résultats

  • Parmi les 520 personnes placées sous ventilation mécanique pour DRA dans les services participants, 153 étaient éligibles à l'étude à l'issue de l'hospitalisation, et 115 ont réellement pu être inclus après application des critères d'exclusion. L'âge médian était de 48 ans et la majorité des participants étaient des hommes (52%). Parallèlement, 19 et 22 d'entre eux présentaient des comorbidités neurologiques ou gastro-intestinales hautes. La durée médiane d'intubation et de séjour en unité de soins intensifs était de 7 et de 11 jours respectivement.

  • Au total, le score SSQ médian était de 79 à la sortie d'hospitalisation. Mais parmi ces 115 sujets, 37 (32%) avaient un score SSQ cliniquement significatif (>200) à l'issue de l'hospitalisation. Le profil des sujets avec ou sans dysphagie était similaire, hormis une fréquence supérieure des comorbidités gastro-intestinales hautes parmi ceux ayant une dysphagie (p=0,021).

  • Parmi les 37 patients ayant une dysphagie à l'issue de l'hospitalisation, trois sont décédés au cours des 5 ans de suivi. Tous les autres ont guéri, dont 27 (77%) dans les 6 mois suivant l'hospitalisation.

  • L'analyse de régression bivariée montrait que la durée de guérison était liée à 4 paramètres indépendants : l'indice de comorbidité de Charlson, la présence de troubles gastro-intestinaux hauts, l'absence d'étiologie traumatique associée et la durée de séjour en unité de soins intensifs. Seul ce dernier paramètre était associé de façon indépendante à une augmentation du temps de guérison dans le modèle de régression multivariée : le hazard ratio par jour était de 0,96 ([IC95%: 0,93-1,00], p=0,047) par jour supplémentaire.

Limitations

La cohorte recrutée était de petite taille.

À retenir

Près d'un tiers des personnes intubées en soins intensifs pour DRA conservaient une dysphagie à la sortie de l'hôpital. Plusieurs études ont montré que la durée d'intubation et le recours à une réintubation augmentaient le risque de dysphagie. Dans cette publication, issue d'une étude prospective, la durée de maintien du patient en unité de soins intensifs augmentait également cette probabilité : les auteurs ont estimé que chaque jour supplémentaire augmente de 4% la probabilité de retarder la guérison de la dysphagie. Ceci s'explique peut être parce que les sujets devant prolonger leur séjour sont probablement les plus sévèrement atteints ou présentent une situation clinique (insuffisance respiratoire ou dysphagie) qui s’y prête.