Prescriptions inappropriées chez le sujet âgé : succès d’une expérience québécoise

  • Martin P & al.
  • JAMA
  • 13 nov. 2018

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Une intervention de sensibilisation à la nécessité de déprescription auprès des patients âgés et de leurs prescripteurs s’est révélée efficace pour réduire les prescriptions inappropriées. Réalisée au Québec via les pharmaciens d’officine, elle visait à transmettre une brochure d’information aux patients et à porter des éléments rationnels et argumentés à la connaissance des prescripteurs. L’analyse du renouvellement des prescriptions 6 mois plus tard montre que le risque de prescription inappropriée a pu être réduit de 31% dans le groupe intervention par rapport au groupe contrôle, avec un nombre de patients à traiter de 3 pour obtenir une déprescription, et ce quelle que soit la classe de médicament considérée.

Contexte

Les prescriptions inappropriées sont encore trop nombreuses en population gériatrique et peuvent conduire à des événements indésirables, à des chutes ou à des troubles cognitifs, quand il ne s’agit pas d’hospitalisations en urgence. La déprescription consiste à réduire ou à supprimer les médicaments qui ne sont plus indispensables ou qui peuvent être dangereux. Mais par manque de temps, d’information, ou par crainte de symptômes de sevrage ou de refus des patients, les médecins généralistes n’osent pas toujours franchir le pas. Une expérience menée auprès de pharmacies d’officine du Québec a évalué l’efficacité d’une sensibilisation menée par les pharmaciens à la fois auprès des patients et de leur médecin pour réduire les prescriptions inappropriées chez le sujet âgé.

Conception de l’étude

D-PRESCRIBE (Developping Pharmacist-led Research to Educate and Sensitize Community Residents to the Inappropriate Prescriptions Burden in the Elderly) est un essai randomisé en grappe qui a inclus des pharmacies d’officine du Québec entre février 2014 et septembre 2017 et les a suivies jusqu’en février 2018. Les 69 officines participantes ont été randomisées pour mettre en place une intervention. Celle-ci comprenait la remise d’une brochure d’information sur les prescriptions inappropriées à leurs patients et l’envoi d’éléments de communication dédiés aux prescripteurs visant à présenter les arguments fondés sur les preuves incitant à la déprescription dans le cadre de pharmaceutical opinion (acte pharmaceutique permettant d’échanger avec le médecin à propos de cas-patients) (n=34). Les pharmacies du groupe contrôle (n=35) prodigaient les soins et conseils habituels. Les renouvellements de prescription ont été analysés 6 mois après la mise en place de l’intervention.

Résultats

  • 489 patients âgés de 65 ans et plus, et disposant de prescriptions de 1 à 4 médicaments parmi les sédatifs-hypnotiques (Z-drugs), les antihistaminiques de première génération, le glyburide ou les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), ont été inclus, soit 248 dans le groupe intervention et 241 dans le groupe contrôle. L’âge moyen des patients était de 75 ans et 66% d’entre eux étaient des femmes.
  • L’intervention a amené 79% des patients à discuter de l’opportunité d’une déprescription avec leur médecin ou leur pharmacien. Et 42,7% des patients de ce groupe n’avaient plus du tout de prescriptions inappropriées après 6 mois, alors qu’une rectification n’avait été apportée que chez 12% des patients du groupe contrôle, soit un risque de prescription inappropriée réduit de 31%. 
  • L’arrêt des médicaments inappropriés a pu être obtenu chez 43,2% des utilisateurs de sédatifs-hypnotiques dans le groupe intervention contre 9% dans le groupe contrôle (soit un risque réduit de 34%, NNT=3 toutes classes de médicaments confondues). Ces chiffres étaient de 30,6% vs 13,8% chez les utilisateurs de glyburide (-17%), et de 57,6% vs 21,7% chez les utilisateurs d’AINS (-35%). L ‘analyse n’a pu être conduite chez les utilisateurs d’antihistaminiques du fait d’un nombre insuffisant d’utilisateurs.
  • Aucun événement nécessitant une hospitalisation n’a été rapporté, mais la diminution des sédatifs-hypnotiques a occasionné des symptômes de sevrage chez 38% des patients.

Limitations

Le fait que les antihistaminiques et les AINS soient disponibles over the counter (et donc non  enregistrés) a rendu le recrutement des utilisateurs difficiles. Une modification des recommandations en cours d’essai a conduit à de nombreux arrêts du glyburide chez les patients diabétiques fragiles. Par ailleurs, le suivi était limité à 6 mois et les arrêts de prescription reposant sur les données d’officine ne rendaient pas compte des motifs d’arrêt.