Prescriptions d’IPP : des pratiques en fort décalage avec les recommandations en population gériatrique

  • Michelon H & al.
  • Eur J Clin Pharmacol
  • 25 mai 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Chez les sujets âgés hospitalisés au sein d’un groupe hospitalier de l’Ouest parisien, le taux de prescription d’IPP est élevé, dépassant les 30%. La grande majorité de ces prescriptions ne respecte pas les indications listées par la HAS, ni la durée de traitement recommandée.

Les auteurs soulignent l’importance de la conciliation médicamenteuse d’entrée à l’hôpital pour contribuer à limiter le mésusage.

 

Les effets indésirables et risques associés à la prise d’inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) au long cours font l’objet de publications de plus en plus nombreuses. Le risque de prescriptions injustifiées étant particulièrement préoccupant en gériatrie, une équipe parisienne a réalisé une analyse des prescriptions d’IPP auprès de sujets âgés hospitalisés au sein du groupe hospitalier « Hôpitaux Universitaires Paris Ile-de-France Ouest » pour mieux appréhender l’usage des IPP en vie réelle.

Une analyse des prescriptions d’IPP

L’étude a été conduite auprès de 5 services de gériatrie et un service de maladies infectieuses. Une recherche des prescriptions d’IPP a été réalisée un jour donné chez les patients de 65 ans ou plus hospitalisés dans ces différents services. Les données concernant les paramètres cliniques et les traitements ont été recueillies par un pharmacien. Puis chaque prescription d’IPP a fait l’objet d’une analyse attentive par un groupe d’experts pluridisciplinaire comprenant un pharmacien, un gériatre et un gastro-entérologue. L’absence d’indication ou celles ne figurant pas dans les recommandations françaises étaient considérées comme prescriptions inappropriées, de même que les prescriptions de plus de 8 semaines sans justification.

Un fort décalage entre les usages d’IPP et les recommandations

Sur les 171 patients hospitalisés de plus de 65 ans, 33% avaient une prescription d’IPP, du lanzoprasole (15 ou 30 mg) pour tous les patients concernés, confirmant un taux élevé de prescription d’IPP dans cette population. La plupart de ces prescriptions avaient été initiées en ambulatoire. L’indication était conforme aux recommandations dans 37,5% des cas et la durée de traitement était inférieure à 8 semaines dans 17,9% des cas. Au final 12 patients seulement sur 56 (21%) bénéficiaient d’une prescription respectant à la fois les indications et la durée de traitement recommandées.

Comment expliquer cet écart ?

Sans écarter une possible méconnaissance des recommandations, les auteurs évoquent plusieurs pistes susceptibles d’expliquer ce décalage entre les usages et les recommandations chez le sujet âgé. Tout d’abord l’usage des IPP tend à se banaliser, ces molécules étant perçues comme peu dangereuses du fait de leur accessibilité en OTC. D’autre part, les explorations digestives sont parfois difficiles à réaliser dans cette population. Dans cette étude elles n’avaient pas été réalisées dans deux tiers des cas. Les prescriptions étaient donc uniquement basées sur les symptômes rapportés par le patient, sans diagnostic de certitude. Enfin, les IPP sont de plus en plus utilisés chez les patients recevant des antiagrégants plaquettaires ou des anticoagulants pour prévenir le risque de saignement. Mais cela n’était le cas que pour 6 indications sur les 35 relevées comme inappropriées dans cette étude. Les chercheurs soulignent également le rôle du pharmacien hospitalier pour vérifier le bien fondé des prescriptions et envisager une déprescription lorsque nécessaire.