Prescriptions d’anticoagulants d’action directe : les pratiques doivent évoluer chez le sujet âgé

  • Barben J & al.
  • Int J Clin Pract
  • 18 sept. 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Cette étude montre que, parmi les sujets âgés qui reçoivent des anticoagulants oraux d’action directe (AOD) en ambulatoire, il existe une forte différence d’âge entre les patients inclus dans les essais de phase 3 (70 à 73 ans) et la vraie vie (85 ans).
  • Chez ces patients, les comorbidités chroniques, en particulier cardiovasculaires, les prescriptions d’autres médicaments, et de façon plus générale la fragilité, sont plus fréquentes chez les patients sous AOD que dans la population générale. Un usage qui pose question au regard du risque plus important de saignement dans cette population.
  • Le suivi biologique apparaît également insuffisant, avec en particulier un test de coagulation demandé chez moins d’un quart des patients.

 

Du fait de leur efficacité similaire et de leur praticité d’utilisation, ajouté à un moindre risque de complication par rapport aux AVK, les AOD sont aujourd’hui de plus en plus prescrits chez le sujet âgé. Ils représentent les molécules les plus prescrites en France chez les patients nouvellement diagnostiqués avec une fibrillation auriculaire non valvulaire (FANV). Leur efficacité et leur tolérance ont cependant été encore peu évaluées chez les sujets âgés. À partir des données de la Mutualité Sociale Agricole de Bourgogne, une équipe dijonnaise a mené une étude sur les sujets de plus de 75 ans, afin d’analyser les caractéristiques démographiques, les comorbidités et les prescriptions des patients sous AOD. 

Patients sous AOD, une population plus fragile

Près de 20.000 sujets (84,9 ans d’âge moyen [76-99 ans]) ont ainsi été inclus, 1.518 dans le groupe AOD (7,7%) et 18.280 dans le groupe sans AOD (92,3%), dont 10,9% sous AVK. La proportion de sujets âgés de 86 à 90 ans était plus importante dans le groupe AOD (30,5% vs 26,9%), alors que la tendance était inverse dans les autres tranches d’âge. Dans le groupe AOD, il y avait davantage d’homme (50% vs 42%), la proportion de sujets présentant au moins un une pathologie chronique était plus importante (88,9% vs 68,7%) et le nombre de lignes de prescription était plus élevé (6 vs 5) et ce, quelles que soient les tranches d’âge considérées. Les taux de prescription de bêta-bloquants et d’anti-arythmiques étaient plus importants reflétant la proportion plus importante de patients avec arythmie ou insuffisance cardiaque dans ce groupe. Les diurétiques étaient aussi plus souvent prescrits dans le groupe AOD et 30% de ces patients avaient une prescription concomitante d’IPP, avec le risque d’interaction que l’on connaît chez les sujets âgés (réduction des concentrations sériques de dabigatran notamment).

Un suivi biologique insuffisant au regard des recommandations

Concernant les ADO, le plus fréquemment prescrit était l’apixaban (42,9%), suivi par le rivaroxaban (38,5%) et le dabigatran (18,6%) (l’edoxaban n’était pas disponible en France au moment de l’étude). L’apixaban et le rivaroxaban étaient plus souvent prescrits dans le cadre d’une maladie thromboembolique veineuse, alors que le dabigatran l’était plus souvent en cas de FANV. Mais le nombre de médicaments par ordonance était similaire entre les 3 groupes. En prescription initiale, ces 3 molécules étaient le plus souvent prescrites par des spécialistes autres que les cardiologues (45,4%) et les médecins généralistes (44,4%), alors que la plupart des renouvellements se faisaient par le généraliste (94,3%). Les analyses de biologie médicale demandées en initiation de traitement et en renouvellement étaient la numération de la formule sanguine (69,4% et 61,9%), le dosage de la créatinine et de l’urée (75% et 66,5%) et les tests de coagulation (22,2% et 11,7%).