Préparation au risque épidémique de Covid-19 : organisation hospitalière


  • Caroline Guignot
  • Actualités Médicales
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Jeudi 27 février matin, la France comptabilise 18 cas confirmés de Covid-19 dont 12 personnes guéries. Quatre de ces cas ont été confirmés dans les 36 dernières heures et sont aujourd’hui hospitalisés : un homme à Strasbourg, se portant bien, un patient et son épouse hospitalisés à Annecy dans un état de santé n’inspirant pas d’inquiétude, ainsi qu’un cas grave admis en réanimation au centre hospitalier d’Amiens. Enfin, un décès a été déploré chez un enseignant de 60 ans originaire de l’Oise : le diagnostic a été porté alors qu’il était dans un état très sévère, sachant que le patient n’avait été exposé à aucun risque de contamination (ni voyage en zone à risque ni contact avec un cas). Aucune exposition claire à un risque de contamination n’a été pour l’heure identifiée mais les investigations se poursuivent. L’hôpital de Creil où il était hospitalisé à donc déclenché son plan blanc, et tous les soins programmés y ont été annulés. De fait, la définition des cas possibles a été modifiée le 26 février par Santé Publique France, afin de classer en cas possible “une personne présentant des signes de détresse respiratoire aiguë sans étiologie identifiée, sans notion de voyage ou séjour dans une zone d’exposition à risque ou un contact étroit avec un cas confirmé de COVID-19”.

Le bilan est donc actuellement de 12 cas guéris, 2 sujets décédés, et 4 personnes hospitalisées aujourd’hui.

Intégrer une potentielle montée en charge

Le 24 février, 70 établissements de santé siège d’un SAMU ont été mobilisés en plus des 38 établissements de santé de première ligne permettant désormais de disposer de 108 établissements, soit au moins un par département, aptes à recevoir des cas suspects, possibles ou confirmés de Covid-19. Ces établissements doivent avoir préparé et testé une organisation permettant à la fois de répondre aux besoins actuels mais aussi à une potentielle montée en charge qu’il s’agisse de besoins en personnels, en locaux ou en matériels. La stratégie et l’organisation devant être déployée est formalisée dans le guide méthodologique destiné aux professionnels et structures de santé publié le 21 février par le ministère des solidarités et de la santé.

Cette organisation impose l’établissement de différentes procédures relatives à la prise en charge des patients et garantissant une fluidité du parcours dès l’accueil. Elle doit aussi comporter :

- une procédure organisationnelle d’habillage/déshabillage,

- une procédure de décontamination des locaux et surfaces,

- une procédure d’approvisionnement, stockage, distribution des équipements personnels de protection individuels,

- une procédure de gestion des DASRI,

- et un affichage et une signalétique appropriés.

Un listing des personnes ressources et référentes au sein de l’établissement avec leurs coordonnées doit aussi être disponible.

Afin de faire face à une potentielle montée en charge, l’établissement doit recenser le nombre de chambres individuelles à pression négative et le nombre de lits en isolement au sein des services de soins intensifs et réanimation, les stocks d’équipements de protection individuels disponibles, les capacités diagnostiques et de biologie courante. Si nécessaire, cette organisation peut inclure la nécessité de réorienter des patients hospitalisés pour d’autres motifs vers des établissements tiers, ou de déprogrammer des activités nécessitant notamment un accueil en unité de soins intensifs ou réanimation. La nature des recours à l’hospitalisation pouvant être ou non différés doit faire l’objet d’un listage mené pour chaque service.

Les personnels devant intervenir auprès des patients considérés comme des cas suspects, possibles ou confirmés, dont le nombre doit être limité, doivent être formés aux procédures et l’ensemble des salariés de l’établissement formés et informés sur leur existence. De même, un affichage et une information adéquate à destination des patients doivent être déployés.

Du cas suspect à la prise en charge du cas confirmé

À la suite de l’ identification d’un patient suspect , un patient considéré comme cas possible et accueilli au niveau d’un établissement habilité doit être orienté vers une chambre d’hospitalisation complète si sa situation clinique le nécessite, ou vers un local/chambre/box d’hospitalisation de jour dans le cas contraire. Dans les deux cas, le lieu d’accueil doit permettre l’isolement du patient et la réalisation du prélèvement biologique et doit être doté d’un système de traitement d’air adapté (pas d’obligation de système de pression négative).

Les prélèvements au niveau respiratoire (des voies respiratoires basses ou hautes selon la symptomatologie et l’imagerie), sanguin (tube et EDTA), et au niveau des selles ou écouvillonnage rectal en cas de diarrhées, sont conduits selon les recommandations de la Société Française de Microbiologie (prélèvement, acheminement, traitement, déchets). Leur analyse est menée dans un laboratoire de niveau LSB3 ou LSB2.

En cas de résultat de la RT-PCR SARS-CoV-2 positif, le patient, désormais considéré comme cas confirmé doit être informé avec une attention particulière à la compréhension de l’annonce du diagnostic et de ses implications. Il est pris en charge en hospitalisation complète selon les mesures d’isolement strict (chambre d’isolement de haute sécurité en service de maladies infectieuses ou de réanimation, ou chambre d’isolement avec système de pression négative pour les autres). 

Ceux pour lesquels le résultat est négatif bénéficient d’une prise en charge adaptée selon les circuits classiques, avec suivi médical et réévaluation en cas d’évolution évocatrice.

Préparation à une épidémie

En cas d’activation du niveau 2 (Plan Blanc) du plan de gestion des tensions hospitalières et des situations sanitaires exceptionnelles, la mise en place d’un directeur médical de crise (DMC) est recommandée pour organiser les flux de patients en lien avec la cellule de crise hospitalière sous l’égide du Directeur général ou du Directeur de l’établissement et du Président de la commission médicale d'établissement. Ce niveau répond à la gestion des situations exceptionnelles avec un impact potentiellement majeur sur l’établissement de santé. Il vise à assurer la prise en charge des patients lors d’événements graves et/ou inhabituels tout en maintenant la continuité et la qualité des soins, des patients non directement impliqués dans l’événement.