PrEP : il est temps d’abandonner les jugements moraux !


  • Caroline Guignot
  • Actualités Médicales
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La PrEP (Prophylaxie Pré-exposition) constitue un réel progrès en matière de stratégie de prévention biomédicale. Pourtant, elle fait actuellement l’objet de discussions visant à minorer son intérêt et à en limiter l’accessibilité pour les personnes cibles. C’est ce que dénoncent Daniela Rojas-Castro, la directrice de la recherche communautaire au sein de la coalition internationale d’ONG communautaires Coalition PLUS, ainsi que ses co-auteurs issus des milieux médicaux et scientifiques français.

Au cœur de leurs préoccupations, la compensation du risque liée à la PrEP, qui repose sur l’idée que la réduction du risque d’infection par le VIH favorisée par la PrEP augmente parallèlement la prise de risque et, par conséquent, le risque d’infections sexuellement transmissibles (IST). Les auteurs rappellent d’ailleurs qu’en matière de santé sexuelle, d’autres modes de prévention ont déjà subi les mêmes assauts : pilule contraceptive et contraception d’urgence, programmes d’échange de seringues, ou vaccination anti-HPV... tous ont tour à tour été accusés de favoriser la prise de risque ou la déresponsabilisation des usagers. L’article rappelle d’ailleurs que la notion de compensation du risque est issue des débats menés dans les années 1970 autour de la sécurité routière et du port de la ceinture et que les études, in fine , n’ont jamais véritablement permis de valider. 

Place aux arguments scientifiques

Concernant la PrEP, les auteurs regrettent qu’une large partie de la littérature s’évertue plus volontiers à parler du risque d’IST des utilisateurs plutôt qu’à en décrire l’efficacité. « La compensation du risque reste un argument fréquent pour justifier des jugements moraux émis contre la disponibilité et la mise à disposition de méthodes de prévention auprès de populations vulnérables déjà victimes de stigmatisation et de discrimination, regrettent les auteurs. Sans surprise, la PrEP et sa possible mise en œuvre à grande échelle sont également discutées à la lumière de la compensation du risque, ce qui pourrait nuire à son efficacité. La disponibilité d'un vaccin efficace contre le VIH susciterait-elle les mêmes débats? » interrogent-ils. Une question d’autant plus légitime que les données concernant la PrEP ne permettent pas de décrire véritablement une augmentation de la prise de risque, ou de la distinguer de l’évolution du comportement sexuel.

Tout en rappelant l’évidence – la PrEP vise à prévenir l’infection contre le VIH, non contre les autres IST -, les auteurs rappellent que l’incidence de ces dernières n’avait pas attendu la PrEP pour suivre une pente ascendante. Ils soulignent que cette tendance est d’ailleurs liée en partie à l’accroissement du suivi et de la réalisation des tests par les personnes traitées. Mais ils n’écartent évidemment pas la question de la prévention conjointe des autres IST. Le conseil par les pairs, qui a fait ses preuves en matière de prophylaxie VIH mais qui présente aussi un fort potentiel dans le domaine de la santé sexuelle, constitue certainement l’un des leviers pour enrayer les chiffres relatifs aux IST. Par ailleurs, la qualité de la relation patients-professionnels de santé et la volonté politique affichée constituent deux axes déterminants pour améliorer ce constat. Dans tous les cas, seules des démarches communautaires et interdisciplinaires favoriseront à la fois la prévention de l’infection par le VIH et celle par les autres IST, et permettront de contrer l’une et l’autre de ces maladies. Dans le délai, c’est bien la généralisation de l’accès à la PrEP plutôt que sa critique qui doit être au coeur des préoccupations des communautés médicale, scientifique et politique…