Prendre des congés augmenterait l’espérance de vie… !


  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Une intervention multifactorielle durant 5 ans menée chez des sujets en bonne santé présentant au moins un facteur de risque de maladie cardiovasculaire a montré une augmentation inexpliquée de la mortalité (+46%) lors d’un suivi de 15 ans. L’analyse de facteurs de risque et du mode de vie à l’inclusion a permis de dévoiler qu’un sous-groupe de patients orientait ces conclusions. En effet, cette augmentation serait tout particulièrement observée chez les sujets qui prenaient peu de congés (

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

L’objectif de cette étude était de trouver des pistes d'explications à l’augmentation de la mortalité mise en évidence dans les conclusions initiales de l’étude Helsinki Businessmen Study Intervention, malgré une prise en charge multifactorielle. Cela a été réalisé en réévaluant les facteurs de risque et modes de vie à l’inclusion des individus ayant participé à l’étude, par des données non prises en compte initialement et en portant le suivi jusqu’à 40 ans après la fin de l'étude initiale (soit jusqu’en 2014).

Méthodologie

Suivi au long cours d’une cohorte ayant participé à un essai clinique interventionnel. Des hommes d’affaires d’Helsinki initialement en bonne santé (né entre 1919 et 1934) et présentant au moins un facteur de risque cardiovasculaire ont été randomisés entre un groupe intervention (n=612) et un groupe contrôle (n=610). Dans le premier groupe, l’intervention multifactorielle, suivie durant 5 ans (1974-1980), consistait en des conseils personnalisés d’hygiène de vie et au besoin un traitement contre les dyslipidémies et l’hypertension alors que le groupe contrôle recevaient des soins standards. Les analyses présentées ici tiennent compte de données non publiées précédemment concernant les facteurs de risque et des caractéristiques de mode de vie à l’inclusion. Le critère d’évaluation était la mortalité globale et spécifique sur 40 années de suivi. 

Principaux résultats

Le nombre moyen de facteurs de risque cardiovasculaire de la cohorte était de 2,1 à l’inclusion. À la fin de la période des cinq années, la prévalence des sujets sous antihypertenseurs était de 32% dans le groupe intervention et 15% dans le groupe contrôle (p

En revanche, malgré ce bénéfice, les analyses ont montré que, jusqu’à 25 ans après la fin de l’essai, la mortalité était constamment supérieure dans le groupe ayant bénéficié d’une intervention durant 5 ans par rapport au groupe contrôle. Puis, les courbes de mortalité des deux groupes ont convergé. Ce risque de décès était influencé par les maladies cardiovasculaires et la mort accidentelle.

Les nouvelles analyses portant sur les facteurs de risque individuels présents à l’inclusion ont montré une interaction significative en ce qui concerne la mortalité entre le groupe intervention et le temps de vacances (21 jours, hazard ratio (HR) 1,61 [1,06-2,47], p=0,027). Ainsi, un temps court de vacances était associé à une augmentation de la mortalité à 30 ans dans le groupe intervention versus placebo (hazard ratio 1,37 [1,03-1,83], p=0,03), mais pas dans le groupe contrôle (p=0,5). En revanche, aucune différence sur l’IMC, les facteurs de risque de maladies cardiovasculaires et la consommation d’alcool n’a pu être constatée. Ainsi, les données étonnantes initialement mise en évidence ne pourraient concerner qu’un sous-groupe de sujet (prenant peu de congés), ce qui conduit les auteurs à faire l’hypothèse que des effets indésirables psychologiques, tels que le stress et le surmenage, pourraient en partie expliquer cet excès de mortalité chez ceux ayant malgré tout bénéficié d’une prise en charge spécifique personnalisée. 

Principales limitations

Les données portent sur une population bien spécifique. Par ailleurs la prise en charge (conseils d’hygiène de vie et médicaments) a largement évolué depuis 40 ans.