Première étude observationnelle française évaluant l’usage des biothérapies dans la goutte et pseudo-goutte

  • Doaré E & al.
  • Rheumatol Ther

  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir

Les praticiens peuvent être confrontés à la contre-indication d’utilisation d’un traitement habituel de l’arthrite microcristaline. Les inhibiteurs de l’interleukine 1 entrent alors en jeu. Six centres français de rhumatologie (Angers, Brest, Le Mans, Poitier, Tours et Rennes) viennent de réaliser une étude observationnelle rétrospective riche d’enseignements. Les patients atteints de goutte (dépôts de cristaux d’urate) et de pseudo-goutte (dépôts de cristaux de pyrophosphate de calcium) ont été inclus. 

Les résultats montrent que :

  • l’anakinra est quasiment la seule biothérapie utilisée dans ce contexte clinique ; 
  • ce traitement serait plus efficace et mieux toléré dans le traitement de la goutte que de la pseudo-goutte ;
  • les anti-IL-1 sont globalement utilisés dans un objectif de traitement à long terme, alors qu’ils sont approuvés dans la prise en charge des épisodes aigus de goutte, probablement du fait de la forte fréquence des comorbidités chez ces patients.

Intérêt de cette étude ?

L’anakinra est prescrit dans l’arthrite microcristalline en cas de résistance ou de contre-indication aux traitements habituels. Pour autant, son efficacité pour traiter la goutte et pseudo-goutte n’est pas si évidente. Pour rappel, les traitements habituels des arthrites microcristalines comprennent les AINS, la colchicine, les corticoïdes. La présence de certaines comorbidités contre-indique cependant leur utilisation.

Méthodologie

Cette étude rétrospective a inclus des adultes traités par agents biologiques pour arthrite micro-cristaline entre le 1er janvier 2010 et le 31 décembre 2018. Les patients qui recevaient un agent biologique pour une autre raison étaient exclus. Le critère principal d’évaluation de l’efficacité était la diminution d’au moins 50% du nombre de synovites ou des taux de protéine-C réactive.

Principaux résultats

Au total, sur les 46 patients qui ont pu être inclus, 67,4% étaient traités pour goutte (80,6% d’hommes) et 32,6% pour pseudo-goutte (33,3% d’hommes). Les patients atteints de pseudo-goutte étaient globalement plus âgés. La CRP à l’inclusion était de 56,0 et 24,50 mg/L respectivement dans le groupe goutte et pseudo-goutte. La clairance rénale était significativement plus faible dans le groupe de patients atteints de goutte. La proportion des patients atteints de maladie  cardiovasculaire, de diabète ou d’hypertension artérielle était similaire dans les deux groupes. Deux patients ayant une pseudo-goutte avaient une hémochromatose. Avant le traitement, le nombre médian d’articulations gonflées était de 4,0 dans le groupe goutte et de 3,5 dans le groupe pseudo-goutte. Une arthrite sur la première articulation métatarsophalangienne était présente chez 45,9% des patients du groupe goutte contre seulement 7,1% du groupe pseudo-goutte. Un quart des patients atteints de goutte et un tiers de ceux atteints de pseudo-goutte étaient positifs au facteur rhumatoïde et aux anticorps anti-citrulline.

Pour tous les patients atteints de goutte et 93,3% de ceux atteints de pseudo-goutte, l’anakinra était une première biothérapie. Un seul patient atteint de pseudo-goutte était traité par étanercept et aucun par canakinumab, malgré l’autorisation de commercialisation de cette molécule chez l’adulte en cas de goutte depuis 2014 en France.

Après un premier traitement par anakinra, l’ensemble des patients avaient une amélioration de leur arthrite. Ces traitements étaient cependant significativement plus efficaces dans le groupe des patients atteints de goutte (90,3%) que de pseudo-goutte (35,7%). 

Celui-ci avait été introduit chez près 4 patients atteints de goutte sur 10 et plus de 6 patients sur 10 atteints de pseudo-goutte dans l’unique objectif de constituer le traitement au long cours de ces atteintes. La durée médiane de traitement était de 427 jours.

Le traitement par anakinra a été moins bien supporté par les patients atteints de pseudo-goutte que de goutte, en atteste le fait que 43% des premiers versus 13% des seconds l’ont arrêté du fait des effets indésirables. 

Principales limitations

Étude rétrospective qui porte sur un faible nombre de sujets.