Première étude décrivant un risque dose-dépendant d’autisme et d’hyperactivité lié à l’exposition fœtale au paracétamol

  • Ji Y & al.
  • JAMA Psychiatry
  • 30 oct. 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

Pour la première fois une étude prospective porte sur les liens entre exposition in utero au paracétamol et risque d’autisme ou d’hyperactivité en se fondant sur le dosage du composé et de ses métabolites dans le sang de cordon. Elle met en lumière une relation entre la concentration des différentes molécules dosées et le risque neurodéveloppemental de 257 enfants pour lesquels le suivi était disponible sur près de 10 ans.

Confirmation des données observationnelles

Le risque neurodéveloppemental lié au paracétamol pourrait être lié à l’immaturité du métabolisme hépatique de l’enfant en développement, qui favorise l’exposition prolongée de l’enfant aux métabolites formés par sa mère et qui auraient la capacité de passer dans le liquide céphalorachidien de l’enfant. Ceci mériterait cependant d’être confirmé.

Ce travail est le premier de nature prospective et fondé sur une mesure indirecte mais objective de l’exposition au paracétamol, à savoir ses métabolites. Elle conforte les données observationnelles ayant déjà établi un lien entre le paracétamol et le diagnostic de trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ou de trouble du spectre autistique (TSA), qui ont exploré cette association à partir d’un niveau de consommation rapporté par les mères.

Boston Birth Cohort : suivi au long cours de près de 1.000 enfants

Entre 1998 et 2008, l’étude Boston Birth Cohort a inclus des couples mères-enfants d’origine ethnique diverse et aux situations économiques et sociales difficiles à moyennes. Il devait s’agir d’enfants issus de grossesse unique nés avant la 37e semaine de grossesse. Ils ont été suivis régulièrement à partir de 6 mois d’âge. Parmi plus de 3.000 couples mères-enfants, 996 avaient une évaluation neuropsychologique et un prélèvement du sang de cordon réalisé à la naissance afin de doser le paracétamol et ses métabolites (glucuronide et 3-acétyl-cystéinyl-acétaminophène). Un même dosage était réalisé dans les 3 jours suivant la naissance à partir du sang de la mère.

Des risques multipliés par 2 à 3 pour les plus fortes doses

Les données des 996 enfants (âge moyen 9,8 ans, 55.0% de garçons) ont été analysées : parmi eux, 25.8% avaient un diagnostic de TDAH, 6,6% un diagnostic de TSA, 4,2% un double diagnostic et 30,5% un autre trouble du développement.

L’exposition globale au paracétamol (somme des concentrations du paracétamol et de ses métabolites) était associée à un risque de diagnostic de troubles neurodéveloppementaux plus élevé de 186% de TDAH de ( odds ratio 2,86 [1,77-4,67]) pour le tertile d’exposition le plus élevé par rapport au moins élevé et de 126% (2,26 [1,40-3,69]) pour le deuxième tertile par rapport au premier. La même relation était retrouvée pour le risque de TSA avec un risque accru de 262% (odds ratio 3,62 [1,62-8,60]) pour le tertile d’exposition le plus élevé par rapport au moins élevé.

Les analyses de sensibilités et les analyses en sous-groupes ont confirmé ces premiers résultats pour les différents facteurs potentiels de confusion (indication du paracétamol, consommations annexes, dépression ou anxiété de la mère, naissance prématurée, prématurité, sexe…).

Limites

Les dosages se rapportent à des expositions périnatales. Par ailleurs, certains métabolites n’ont pu être dosés, comme le sulfate d’acétoaminophène.