Pourquoi seul un patient hypertendu sur quatre a-t-il sa tension artérielle contrôlée ?


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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Conduite en 2015, l’étude ESTEBAN (Étude de santé sur l’environnement, la biosurveillance, l’activité physique et la nutrition) avait montré qu’environ 30% de la population adulte française avait une HTA (hypertension artérielle), que parmi eux, seul un patient sur deux avait connaissance de son hypertension, et seul un patient traité sur quatre avait une pression artérielle contrôlée. Des données plus récentes rapportent que dans bon nombre de pays à hauts revenus, la proportion de patients ayant connaissance de leur hypertension s’améliore, mais qu’elle reste stable en France. Afin d’obtenir des éléments d’explication, une équipe de Santé publique France a conduit une enquête téléphonique auprès d’un panel de 1.300 médecins généralistes entre le 28 janvier et le 18 février 2019. Au total, 753 questionnaires complets ont pu être analysés, dont 52% provenaient d’hommes.

Des recommandations globalement respectées

Pour poser le diagnostic d’HTA, 93% des médecins ont déclaré prendre une nouvelle mesure de la pression artérielle (PA) quelques minutes après avoir constaté une élévation des chiffres tensionnels, 95% ont dit convoquer leur patient à une nouvelle consultation le mois suivant et/ou proposer une automesure tensionnelle (AMT) ou une mesure ambulatoire de la pression artérielle (MAPA). Au final, 72% des médecins posaient le diagnostic après une AMT ou une MAPA et 23% après plusieurs mesures élevées au cours de consultations différentes.

Parmi les médecins participant à l’enquête, 83% ont déclaré être fortement impliqués dans la prévention de l’HTA, mais seulement 39% dans la prévention nutritionnelle, 45% dans la prise en charge de la surcharge pondérale et 48% dans celle de la sédentarité. Leurs principaux obstacles étaient le manque de temps (84%) et d’outils de prévention (29%).

En première intention de prise en charge de l’HTA, 96% ont déclaré proposer une modification des habitudes de vie à leurs patients, associée dans 52% des cas à un traitement médicamenteux. Leurs conseils portaient en premier lieu sur la réduction de la consommation de sel (32% des médecins), la pratique d’une activité physique (29%) et la perte de poids (28%).

En ce qui concerne les traitements antihypertenseurs, 93% des médecins ont rapporté des réticences de leurs patients, portant sur la nécessité de les prendre à vie (78%), le sentiment de ne pas être malades (51%), une mauvaise compréhension des risques de l’HTA (35%) et la crainte des effets indésirables (20%). La faible observance était associée par 78% des médecins à la difficulté d’acceptation de la maladie ou à la lassitude à prendre le traitement, par 66% à l’absence de symptômes d’HTA, par 44% à une mauvaise information sur leur maladie, par 14% à une mauvaise tolérance et par 35% aux polémiques sur les traitements antihypertenseurs (plusieurs explications possibles à la fois).

Pour faciliter la prise en charge de leurs patients hypertendus, 45% des médecins souhaitaient des logiciels métiers mieux adaptés et 29% une collaboration avec d’autres professionnels de santé.

De nombreux facteurs d’une prise en charge inadaptée

Les auteurs de l’étude soulignent que les pratiques de diagnostic et de prise en charge de l’HTA par les généralistes étaient en accord avec les recommandations 2016 de la HAS (Haute autorité de santé). Ils avancent plusieurs explications aux résultats de l’étude ESTEBAN : faible recours aux soins par certaines personnes éloignées des systèmes de dépistage, grand nombre des biais possibles dans la mesure de la PA au cabinet du généraliste, manque de temps pour une consultation dédiée (recommandée par la HAS) mais non rémunérée, manque de formation médicale continue sur le sujet, absence de recours à une équipe pluridisciplinaire, et en ce qui concerne les traitements, difficultés de leur acceptation par les patients, risque de surtraitement et d’hypotension orthostatique.

Les auteurs font enfin remarquer qu’il est possible que les médecins ayant accepté de participer à l’enquête fassent partie de ceux qui sont les plus investis dans la prévention et la qualité des pratiques.