Portage intestinal des entérobactéries multirésistantes : la piste de la transplantation du microbiote fécal


  • Caroline Guignot
  • Actualités Médicales
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Messages principaux

  • Cinq jours d’antibiotiques oraux (colistine / néomycine) suivis d’une transplantation du microbiote fécal réduisent la fréquence du portage d’entérobactéries productrices de ß-lactamases à spectre étendu (EBLSE) ou de carbapénèmases (EPC) chez des sujets infectés versus un groupe contrôle, mais cette différence n’est pas significative.
  • De nouveaux essais permettraient d’évaluer d’autres protocoles de mise en œuvre. 

Les entérobactéries productrices de ß-lactamase à spectre étendu (EBLSE) et productrices de carbapénèmases (EPC) représentent un problème majeur de santé publique qui est compliqué par le maintien de leur portage intestinal à long terme. Le développement d’approches préventives de la transmission de ces bactéries fait l’objet d’expérimentations parmi lesquelles ont été étudiées à la fois une approche antibiotique et une approche par transplantation de microbiote fécal. Cette étude a combiné les deux dans le premier essai contrôlé randomisé visant à éradiquer le portage de ces bactéries multirésistantes.

Une baisse non statistiquement significative, à confirmer

Menée dans 4 centres (France, Suisse, Pays-Bas, Israël), l’étude a rassemblé 39 sujets adultes non immunodéprimés et ayant présenté au moins un épisode symptomatique d’infection à EBSLE dans les 180 jours ayant précédé l’inclusion (36 porteurs de EBLSE, 11 porteurs d’EPC). Parmi eux, 22 ont été alloués au traitement expérimental, reposant sur 5 jours d’antibioprophylaxie (colistine 2.10 6 UI et néomycine 500 mg 4 fois/jour p.o ) suivie d’une transplantation de microbiote fécal prélevé chez des sujets sains, et réalisée par sonde nasogastrique ou par capsule (selon le centre) un jour après la fin de l’antibiothérapie. Les autres étaient alloués au groupe contrôle et ne bénéficiaient d’aucun traitement. En intention de traiter, l’absence de portage d’EBLSE/ECP entre 35 et 48 jours après le début de l’intervention était vérifiée chez 41% des sujets traités, contre 29% de ceux du groupe contrôle (OR décolonisation : 1,7 [0,4-6,4]) ainsi que chez 50% et 23% des sujets des deux groupes selon l’analyse per protocole (OR  3,3 [0,7-16,8]).

L’amélioration apportée par l’intervention versus contrôle n’était pas statistiquement significative, probablement parce que les difficultés de recrutement initiales n’ont pas permis de disposer de la puissance suffisante (64 inclusions visées). Il n’est également pas exclu que l’utilisation de procédures différentes concernant la réalisation de la transplantation ait rendu les résultats hétérogènes. Cependant cette publication présente l’avantage d’être la première à décrire un essai contrôlé sur le sujet. Si elle ne permet pas de conclure avec certitude sur l’intérêt du protocole mis en œuvre, elle offre néanmoins une base pour de nouvelles études qui pourraient recourir à un dosage plus important de microbiote implanté ou à une méthodologie fondée sur plusieurs transplantations successives. Le recours et le délai après antibiothérapie peuvent également faire l’objet d’ajustement du protocole.