Pornographie, quelles conséquences sur l’identité sexuelle et la santé mentale ?

  • Agnès Lara
  • Résumé d’article
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À retenir

  • Le stress, l’anxiété et la dépression sont fortement associés à la consommation de pornographie en ligne, en particulier chez les hommes jeunes.
  • Il s’agirait d’un mécanisme de défense et d’adaptation vis-à-vis des événements stressants visant à réguler l’humeur et l’anxiété.
  • Une consommation excessive peut entraîner des troubles dans la construction de l’identité sexuelle chez les adolescents, en favorisant certains comportements et l’intégration de stéréotypes de genre qui n’ont pas lieu d’être dans la vie réelle.
  • Les conséquences sur la santé mentale peuvent être sérieuse et sont susceptibles d’altérer les relations dans la vraie vie.
  • « Bien qu’elle ne soit pas reconnue comme une entité clinique, l’addiction à la consommation de pornographie sur Internet pourrait constituer un problème épidémiologique et social important » soulèvent les auteurs de cette revue.

Pourquoi est-ce important ?

Les travaux récents montrent que la consommation de pornographie sur Internet est croissante favorisée par l’anonymat et un accès illimité. Ainsi, 56% des hommes utiliseraient la pornographie pour se relaxer et nombre d’entre eux pour obtenir une satisfaction sexuelle via la masturbation. Bien qu’ils ne soient pas reconnus comme une entité clinique, ces comportements peuvent cependant aller jusqu’à l’addiction, en particulier chez les hommes jeunes, vivant seuls ou chez leurs parents et avoir des conséquences non négligeables sur la santé mentale, avec des symptômes proches de ceux que l’on peut retrouver dans les troubles obsessionnels compulsifs (comportements compulsifs, perte de contrôle, conflits internes…). 

De la consommation d’images pornographiques aux comportements sexuels addictifs

Déconnectés de la réalité des relations interpersonnelles, les stimuli sexuels obtenus via ces images pornographiques peuvent avoir un effet délétère sur le comportement sexuel, notamment chez les adolescents, et provoquer des réactions émotionnelles inappropriées, incitant à considérer le ou la partenaire comme un objet sexuel. Par ailleurs, la grande diversité des contenus pornographiques disponibles maintient une sensibilisation à l’excitation sexuelle sur de longues durées. Cette hypersensibilisation aux stimuli sexuels se traduit au niveau neuronal par une augmentation des productions de dopamine et de cortisol associée à l’excitation, qui ne permettent pas aux phénomènes naturels d’habituation de se produire, et qui peuvent être à l’origine de comportements sexuels addictifs. Ces comportements rendent alors plus difficile la création de vraies relations et occasionnent des troubles du comportement sexuel voisins de ceux que l’on peut rencontrer dans les troubles de la personnalité.

Des liaisons dangereuses avec la santé mentale

Les travaux réalisés sur le sujet indiquent qu’une exposition répétée sur la durée affecte plusieurs mécanismes cérébraux de traitement des stimuli d’excitation sexuelle, notamment dans le système mésolimbique de récompense. Et ce, de façon similaire à ce qui est observé lors de la consommation de substances addictives. La consommation excessive de pornographie en ligne peut ainsi créer une hypersensibilisation aux stimuli sexuels virtuels, et conduire à des comportements sexuels addictifs qui peuvent avoir des conséquences sur la santé mentale : dysphorie, humeur dépressive. Il a en effet été montré que les hommes ayant des comportements sexuels addictifs étaient plus souvent dépressifs, anxieux et concernés par des abus de substances. La consommation excessive de pornographie en ligne peut également affecter les habitudes et le mode de vie, ainsi que les comportements sexuels, jusqu’à réduire l’intérêt pour le sexe en vraie vie et préférer le sexe virtuel jugé plus rapide, sécure et moins exigeant. La satisfaction tendant à se réduire avec le temps, cela pousse les consommateurs à rechercher toujours d’avantage de stimuli sexuels et entraîne des troubles de l’excitation en vraie vie. Des problèmes d’érection peuvent même survenir lorsque la stimulation sexuelle au sein d’une relation avec un/une partenaire n’apporte pas de stimuli aussi variés que les images en ligne et devient alors source de déception. Une préférence pour les stimuli conditionnés par les images pornographiques s’installe ainsi chez les sujets addicts.

La pornographie comme échappatoire au stress et aux émotions négatives…

Plusieurs études ont montré que la pornographie en ligne était consommée pour se soustraire au stress ou fuir des émotions négatives. Une association entre expériences traumatisantes dans l’enfance et attachement anxieux ou compulsions sexuelles a également été observée. Elle serait ainsi utilisée pour réguler l’humeur ou faire face à l’anxiété ou à une humeur dépressive. Elle a aussi été associée à des sentiments d’insécurité et à des conflits intérieurs. En effet, selon les croyances, religieuses ou autres, la façon dont l’addiction est perçue par la personne concernée peut occasionner une souffrance psychosociale, des conflits moraux, voire un sentiment d’incongruence morale et de culpabilité.

… mais source de frustration et d’insatisfactions

Au cours de l’adolescence, les jeunes sont particulièrement sensibles aux images qu’ils peuvent visionner. Cela peut considérablement influencer la construction de leur identité sexuelle et favoriser l’intégration de stéréotypes de genre : rôles au sein de la relation sexuelle (dominant/dominé, coercition…), image du corps comme objet sexuel. Les jeunes sont ainsi confrontés à l’illusion d’un corps parfait… et inaccessible la plupart du temps. Des normes esthétiques si prégnantes que beaucoup de jeunes filles en viennent à mesurer leur valeur à l’aune de leur apparence physique, ce qui les conduit inévitablement à une faible estime d’elles-mêmes, voire à un dégoût de leur corps. Un conditionnement qui expliquerait l’engouement spectaculaire des jeunes pour la chirurgie plastique selon certains auteurs, en lien avec une tendance narcissique et des troubles de la personnalité.