Polyarthrite rhumatoïde : modifier son alimentation permet-il de modifier l’activité de la maladie ?

  • Vadell AKE & al.
  • Am J Clin Nutr
  • 1 juin 2020

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Messages principaux

  • Selon une étude randomisée suédoise, un régime contenant des aliments supposés avoir des propriétés anti-inflammatoires n’a pas permis d’améliorer l’activité de la polyarthrite rhumatoïde (score DAS28-ESR), malgré certaines tendances favorables. Des études supplémentaires seraient nécessaires pour déterminer si ce régime peut présenter un intérêt pour les patients...

 

Les patients souffrant de polyarthrite rhumatoïde (PR) rapportent que certains aliments sont associés à une aggravation ou à l’inverse un soulagement de leurs symptômes. Des travaux ont été menés pour évaluer l’intérêt de l’apport de certains composés alimentaires (oméga-3, probiotiques…), mais rares sont ceux qui se sont penchés plus globalement sur l’adaptation de la composition de l’alimentation. Une équipe suédoise a ainsi conduit une étude randomisée menée en aveugle du côté de l’évaluateur visant à comparer deux régimes alimentaires, l’un riche en composants réputés anti-inflammatoires, l’autre plus proche des pratiques alimentaires conventionnelles. Une cinquantaine de patients ont été recrutés et randomisés entre un groupe interventionnel et un groupe contrôle. Ils suivaient le régime correspondant durant une période de 10 semaines, puis basculaient dans l’autre groupe pour une même durée. L’évaluation clinique de l’activité de la maladie a été menée à l’inclusion puis à l’issue de chaque période de traitement. Des enquêtes alimentaires, des mesures de l’observance et des précisions sur l’hygiène de vie ont été collectées parallèlement. Les résultats de cette étude, nommée ADIRA, ont été publiés dans l’ American Journal of Clinical Nutrition .

Régime alimentaire contrôlé

Au total, 50 patients ont été recrutés : ils devaient être âgés de 18 à 75 ans, avoir plus de 2 ans d’ancienneté de la maladie, un DAS28-SRE≥2,6 et une maladie stable sous traitement depuis au moins 8 semaines. L’analyse a pu être menée à son terme pour 47 d’entre eux. Le régime alimentaire du groupe interventionnel consistait à fournir 50 % de la ration calorique journalière permettant de composer le petit déjeuner, un repas et un en-cas à partir d’aliments favorables (poissons 3-4 fois / sem, repas végétariens les autres jours, céréales complètes, fruits et légumes, et boissons riches en probiotiques...). L’équilibre nutritionnel visé était celui recommandé pour les personnes de 45-65 ans. Ils recevaient des consignes pour équilibrer les autres repas de la journée. Le régime suédois conventionnel devait comporter de la viande au moins 5 fois par semaine, pas plus de 5 fruits et légumes par jour, cuisson au beurre…

Les participants étaient majoritairement des femmes (77%) et 32 % étaient obèses. Les enquêtes alimentaires ont permis d’établir que l’apport en fibres, en protéines, en oméga-3 et en certaines vitamines était significativement différent entre les deux régimes, sans différence en termes d’apport énergétique moyen ou d’évolution du poids. L’observance a été très bonne pour 91 % des participants.

Des tendances à explorer

Aucune différence significative n’a été mise en évidence concernant l’évolution de l’activité de la polyarthrite rhumatoïde à l’issue du régime de 10 semaines (score DAS28-ESR, critère principal d’évaluation) entre le groupe intervention et contrôle (-0,369 vs -0,080, p=0,116), ni en ce qui concerne les composantes du score prises isolément. Cependant, le score moyen DAS28-ESR était significativement amélioré dans le bras interventionnel par rapport à l’inclusion (3,05 vs 3,39, p=0,012), à l’inverse de ce qui était observé dans le groupe contrôle (3,27 vs 3,42, p=0,694) ; la différence entre les deux étant statistiquement différente (p=0,04).

Les auteurs suggèrent que l’activité de la maladie, en moyenne initialement modérée, a pu limiter le bénéfice de la modification de l’alimentation reçue. Le remplacement de la totalité de l’alimentation et une durée d’évaluation plus longue auraient aussi pu conduire à des résultats différents.