Polyarthrite rhumatoïde : l’arrivée des biothérapies a-t-elle modifié le risque d’arthrite septique ?


  • Nathalie Barrès
  • Lecture critique
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À retenir 

Les résultats de cette étude montrent qu’avec l’utilisation des biothérapies la fréquence des arthrites septiques (AS) chez des patients atteints de polyarthrite rhumatoïde (PR) semble stable et les formes poly-articulaires seraient même en recul. Notons cependant le caractère rétrospectif et monocentrique de l’étude et le très faible nombre de patients traités par biothérapie. Ces résultats méritent donc d’être confirmés par des évaluations de plus large envergure.

Pourquoi est-ce important ?

La polyarthrite rhumatoïde constitue un facteur de risque de développer une arthrite septique, en effet, 10 à 15% des AS viennent compliquer une PR1,2. L’évolution des cas difficiles cumulant PR et AS passe fréquemment par des atteintes poly-articulaires, des infections à Staphylocoques aureus et par une mortalité importante. Le registre de la British Society for Rheumatology indique que le risque infectieux serait augmenté sous biothérapie et le risque d’AS doublé sous anti-TNF. Le moindre recours à la corticothérapie du fait d’un meilleur contrôle de la maladie pourrait en revanche favoriser la diminution du risque d’AS.

Principaux résultats

Entre 1979 et 2013, 514 patients ont été hospitalisés dans le service de rhumatologie du CHU de Clermont-Ferrand pour AS. 

Avant l’arrivée des biothérapie, 12% des sujets ayant une arthrite septique présentaient une polyarthrite rhumatoïde contre 13,4% dans les dix ans ayant suivi la commercialisation des biothérapies. 

Les sujets présentant une PR avaient plus souvent une infection poly-articulaire (28% vs 9%, p<0,001) et une infection sur prothèse (25% vs 13%, p<0,01) que les sujets sans PR. Les infections à Staphylocoque aureus étaient également plus fréquentes chez les sujets AS-PR (70% vs 51%, p<0,003), alors que les cas de SARM étaient comparables dans les deux populations (13,3 vs 13,9%).

Les 43 patients AS-PR hospitalisés entre 1979-2003 ont été comparés à 21 patients AS-PR hospitalisés entre 2003-2013 (post-commercialisation des biothérapies).

Entre ces deux périodes, l’âge des sujets AS-PR a augmenté (61 vs68 ans, p<0,02), ainsi que dans la population AS-non PR (67 vs 71 ans, p<0,01), et les hommes sont devenus majoritaires dans la population AS-PR (40 vs 52%), alors que la proportion n’était pas modifiée dans la population AS-non PR (59%).

Les caractéristiques liées à la PR n’étaient pas modifiées entre les deux périodes en termes d’ancienneté (16 vs 18 ans, p=0,93), de séropositivité (87,2 vs 94,7%, p=0,65) et en termes de recours aux corticoïdes (81,4 vs 90,5%, p=0,48). La proportion de diabète chez les patients AS-PR n’avait pas augmenté (p=0,39) contrairement aux sujets AS-non PR (13 vs 22%, p<0,01). Et, 24% des patients (vs 0%, p<0,003) recevaient une biothérapie au cours de la dernière décennie évaluée.

La proportion des infections poly-articulaires avait diminué (37,2% vs 9,5%, p<0,005) et la proportion des infections à Staphylocoque aureus était restée stable (86,1 vs 71,4%, p=0,16). Mais il y avait davantage d’infections à SAMR (6% vs 31%, p<0,05).

Méthodologie

  • L’évaluation porte sur la comparaison entre deux périodes : avant biothérapie (1979-2002) et après l’arrivée des biothérapies (2003-2013).

Principales limitations

Étude rétrospective, monocentrique dont les résultats ne sont pas forcément généralisables. De nombreuses données manquantes (scores d’activité de la maladie, sévérité fonctionnelle et structurale). Faible nombre de patients sous biothérapie.