Pollution aux particules fines : quelle valeur cibler pour quelle diminution de la mortalité ?


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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Il est aujourd’hui bien établi que la pollution atmosphérique en milieu urbain a un impact délétère sur la santé et renforce les inégalités sociales de santé. Dans quelle mesure faudrait-il l’abaisser pour que cet impact diminue significativement ? Une équipe de chercheurs de l’INSERM, du CNRS, de l’INRA, d’Atmo Auvergne-Rhône-Alpes et de l’Université Grenoble Alpes propose une première réponse, publié dans Environment International.

Elle a d’abord estimé la pollution aux particules fines (PM2,5) dans les agglomérations de Grenoble et de Lyon (0,4 et 1,4 millions d’habitants respectivement) à partir des données de l’observatoire de la qualité de l’air et des densités populationnelles. Elle a ensuite pris la période 2015-2017 comme référence : la concentration moyenne en particules fines était de 14 et 15 µg/m 3 respectivement à Grenoble et à Lyon. En la comparant avec une situation sans particules fines d’origine humaine (soit une concentration de 4,9 µg/m 3 ), ils ont estimé que la pollution d’origine humaine était responsable de 145 décès et de 16 cas de cancers du poumon à Grenoble et de 531 décès et 65 cas de cancers du poumon à Lyon. Les coûts associés (ceux liés aux traitements et ceux dits « intangibles », liés à la souffrance psychologique des proches) s’élevaient à près de 500 millions d’euros par an à Grenoble et 1,8 milliards d’euros par an à Lyon.

Pour des actions continues plutôt que ponctuelles

Les chercheurs ont enfin testé dix scénarios de réduction de la concentration en particules fines. Ils en ont d’abord déduit que ceux limités dans le temps (par exemple aux pics de pollution) ou dans l’espace avaient un impact beaucoup plus faible que ceux homogènes toute l’année et dans l’ensemble de l’agglomération étudiée, que ce soit sur la mortalité ou sur la réduction des inégalités de santé.

Ils ont montré qu’une réduction de l’exposition aux particules fines à une valeur conforme à la valeur guide de l’OMS (10 µg/m 3 ) réduirait de moitié la mortalité qui est attribuable à la pollution d’origine humaine. Une réduction de 2,9 µg/m 3 à Grenoble et de 3,3 µg/m 3 à Lyon réduirait d’un tiers cette mortalité.

L’équipe souhaite transposer cette étude à d’autres agglomérations urbaines françaises et étudier les mesures concrètes à adopter concernant les principales sources de pollution urbaine aux particules fines (chauffage, trafic routier).