Pneumonies sévères : un nouvel agent antitoxine en complément du traitement antibiotique

  • Laterre PF & al.
  • Lancet Infect Dis
  • 1 juin 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Administré en complément d’un traitement antibiotique standard chez des patients admis en soins intensifs pour une pneumonie à pneumocoque sévère, le nouvel agent antitoxine CAL02 a montré un bon profil de sécurité et de tolérance. Composé de lipides présents dans le corps à l’état naturel, cet agent semble également présenter un bon potentiel pour réduire l’inflammation et améliorer l’état clinique de ces patients et pourrait être envisagé dans d’autres types d’infection sévère. De premiers résultats encourageants dans l’attente d’essais de plus grande envergure.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Malgré les traitements antibiotiques, de nombreux patients atteints de pneumonie à pneumocoque sont admis en soins intensifs et décèdent en raison de la présence de facteurs de virulence bactériens ou de résistances aux antibiotiques. En particulier, les toxines produites par les pathogènes sont capables d’endommager les tissus, d’altérer les défenses immunitaires de l’hôte, de stimuler l’inflammation et in fine, de faciliter l’envahissement bactérien, conduisant parfois à des complications fatales. Des principes actifs susceptibles de neutraliser les facteurs de virulence indépendamment de la présence ou non d’antibiorésistances, et de limiter ainsi l’envahissement bactérien suscitent beaucoup d’espoirs. Suite à des résultats encourageants chez l’animal, une équipe franco-belge vient d’évaluer pour la première fois chez l’homme la sécurité et la tolérance d’un tel agent, l’antitoxine CAL02. Il s’agit de petits liposomes composés de lipides (cholestérol et sphingomyéline) naturellement présents dans les membranes des cellules humaines et capables de piéger les toxines bactériennes. 

Méthodologie 

Cet essai a été réalisé dans 10 unités de soins intensifs (USI) en France et en Belgique entre janvier 2016 et janvier 2018, auprès de patients souffrant de pneumonie à pneumocoque sévère confirmée. Ces derniers étaient randomisés pour recevoir CAL02 à faible (4 mg/kg) ou à haute dose (16 mg/kg) ou un placebo, en plus du traitement antibiotique standard selon les recommandations nationales (administration de 2 doses IV à 24h d’intervalle, à une concentration de 10 mg/mL et sur une durée de 2 heures maximum). La réponse clinique était ensuite évaluée à différents temps jusqu’à la fin de l’étude (30 jours post-traitement).

Résultats 

  • Sur les 280 patients admis en USI pour une pneumonie sévère au cours de la période étudiée, 19 ont pu être inclus dans l’étude. Parmi eux, 14 ont reçu CAL02, 3 à faible dose et 11 à forte dose, et 5 ont reçu le placebo.
  • À l’inclusion, le score APACHE II moyen (score de gravité) était de 21,5 et le score SOFA (défaillance organique) de 7,7. Onze patients sur 19 ont fait un choc septique.
  • Parmi les patients ayant reçu au moins une dose de traitement, des effets indésirables (EI) ont été rapportés chez 12 des 14 patients des deux groupes expérimentaux, ainsi que chez les 5 patients du groupe placebo. Le type d’EI et leur sévérité étaient comparables dans les deux groupes. 
  • Aucun EI en lien avec la tolérance locale n’a été signalé. Aucune différence non plus entre les groupes concernant les différents signes vitaux suite à l’administration du produit.
  • Des événements indésirables graves se sont produits chez 4 patients (sur 14) dans les groupes CAL02 combinés et chez 2 des 5 patients du groupe placebo, mais aucun en lien avec le traitement expérimental.
  • Le faible nombre de patients n’a pas permis d’évaluation quantitative de l’efficacité qui était dans ce premier essai un critère secondaire.  

Limitations

Les faibles effectifs n’ont pas permis de distinguer l’effet des faibles et hautes doses de CAL02.