Pneumonies communautaires : prudence dans l’utilisation de l’érythromycine

  • Postma DF & al.
  • BMC Infect Dis
  • 7 janv. 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir

  • Lors de l'hospitalisation des pneumonies aiguës communautaires (PAC), l’érythromycine IV augmenterait le risque cardiaque de 68%, et notamment celui d’insuffisance cardiaque, par rapport à une antibiothérapie probabiliste sans macrolides ni fluoroquinolones, tandis que la lévofloxacine et la moxifloxacine semblent, à l’inverse, associées à un moindre risque.

  • Selon les auteurs de cette étude, c’est la charge volumique et sodique associée à la forme IV de l’érythromycine qui expliquerait majoritairement ce constat, les fluoroquinolones étant, elles, administrées per os. L’érythromycine serait aussi dotée de propriétés pro-arythmiques et d’un effet anti-inflammatoire moindre que les autres macrolides, selon certains travaux.

  • S’il est probable que des facteurs de confusion potentiels ont échappé à cette analyse, les auteurs estiment que ces données, confirmées en sous-groupe parmi les PAC confirmées radiologiquement et par plusieurs analyses de sensibilité, doivent inciter les praticiens à la prudence dans l’utilisation de l’érythromycine IV dans cette indication. Cet avis est sous-tendu par le fait que l’étude CAP-START avait préalablement montré qu’une antibiothérapie probabiliste associant les macrolides aux bêta-lactamines n’améliorait pas la mortalité globale liée à la PAC par rapport aux bêta-lactamines seules.

Méthodologie

  • L’étude CAP-START est une étude randomisée qui a été menée en 2011-2013 au sein de 7 hôpitaux universitaires néerlandais. Elle a comparé la prise en charge de la PAC (hors urgences) par trois antibiothérapies probabilistes, chacune étant privilégiée par période de 4 mois dans chaque établissement. Seuls les patients ne présentant pas d’évènement cardiovasculaire lors de l’admission ont été inclus dans cette analyse.
  • L’objectif de l’étude était de comparer les évènements cardiaques survenus lors de l’hospitalisation : apparition ou aggravation d’une arythmie, insuffisance cardiaque, infarctus du myocarde.

Résultats

  • Au total, 2.107 patients admis pour un diagnostic fonctionnel de PAC ont été inclus dans l’analyse. Parmi eux, 6,9% ont présenté un événement cardiaque et 3,1% sont décédés pendant leur séjour.

  • Avant l’inclusion, 5,4% des patients avaient utilisé des macrolides et 2,5% des fluoroquinolones. Enfin, durant l’hospitalisation, 30,8% et 45,3% ont respectivement reçu au moins un jour de traitement par macrolides ou par fluoroquinolones.

  • Parmi les 650 sujets ayant reçu des macrolides, 207, 250 et 277 ont été exposés à l'azithromycine, la clarithromycine et l'érythromycine : parmi eux, 5,3%, 7,2% et 11,2% ont respectivement présenté un événement cardiaque. Après ajustement (score PSI, comorbidités cardiaques, statines, antiplaquettaires, tabagisme, CRP, antigènes pneumococciques urinaires), le HR associé aux évènements cardiaques était de 1,68 [1,07-2,62], et de 2,08 [1,25-3,46] pour l'insuffisance cardiaque seule. Ces chiffres étaient non significatifs pour les 2 autres macrolides. Les évènements arythmiques étaient trop rares pour permettre une analyse interprétable.

  • Parmi les 954 sujets sous fluoroquinolones, 234, 194 et 566 patients ont été exposés à la ciprofloxacine, la lévofloxacine et la moxifloxacine : parmi eux, 3,8%, 2,6% et 4,1% ont présenté un événement. Le HRa associé au risque cardiaque sous lévofloxacine et moxifloxacine était respectivement de 0,40 [0,18-0,87] et de 0,56 [0,36-0,87] pour la moxifloxacine, et de 0,25 [0,08-0,80] et 0,48 [0,27-0,84] pour l'insuffisance cardiaque.