Plus de précisions sur le risque thromboembolique veineux associé au traitement hormonal substitutif

  • Vinogradova Y & al.
  • BMJ
  • 9 janv. 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Selon une large étude britannique menée en population, les femmes de 40 à 79 ans sous traitement hormonal substitutif (THS) ont un risque accru de maladie thromboembolique veineuse (MTEV) par rapport à des sujets appariés non traités. Il apparaît que les traitements hormonaux oraux sont les seuls à exposer les femmes à ce risque, au contraire des formes locales. Il apparaît également que les formulations orales comportant un estrogène d’origine équine sont les plus à risque, a fortiori celles l’associant à la médroxyprogestérone. Ces résultats sont homogènes quel que soit l’âge ou l’IMC des patientes.

  • Par rapport aux études préalables ayant été réalisées sur le sujet, ce travail apporte quelques précisions supplémentaires. Il offre aussi quelques conclusions contradictoires avec elles, notamment celles d’études françaises ayant décrit que les progestatifs de type pregnanes ne seraient pas associés à un risque de MTEV. Ceci s’explique probablement par la différence de la taille des effectifs recrutés pour ces différentes études.

Contexte de l’étude

De rares mais graves évènements liés à la MTEV sont rapportés sous THS. Des analyses complémentaires ont distingué les formulations orales et locales concernant ce risque, mais les plus larges sont aussi les plus anciennes et n’intégraient pas toutes les formulations aujourd’hui commercialisées. Pour les travaux les plus récents, un manque de puissance statistique n’a pas permis d’offrir à la méta-analyse les regroupant la possibilité de conclure précisément sur les différentes formulations. Cette nouvelle publication permet de combler ce déficit.

Méthodologie

L’étude a rassemblé les premiers évènements de MTEV recensés en médecine générale, en hospitalisation ou parmi les causes de décès chez les femmes britanniques de 40-79 ans au sein de deux bases de données de santé (CPRD et Qresearch) entre janvier 1998 et février 2017. La prescription d’un THS dans l’année ayant précédé l’évènement (date index) était recherchée. Ces femmes ont été appariées (âge, date index) à des femmes sans MTEV.

Résultats

  • Au total, 52.137 et 28.259 cas ont été identifiés parmi les deux bases de données (âge moyen 63,8 ans dont plus de la moitié de plus de 65 ans, 29 kg/m²).

  • Le taux de femmes traitées par THS dans les 90 jours précédant la date index était de 7,2% (dont 85% avec une formulation orale) dans le groupe MTEV contre 5,5% (dont 78% avec formulation orale) dans le groupe témoin. Ainsi, le THS dans les 90 derniers jours était associé à une augmentation de 43% du risque TEV (OR ajusté : 1,43 [1,38-1,48]) par rapport à l'absence de THS dans l’année précédente. Les formes orales étaient associées à un ORa de 1,58 [1,52-1,64] et les formes transdermiques à un ORa de 0,93 [0,87-1,01], soit risque accru de 70% pour la formulation orale vs locale (ORa : 1,70 [1,56-1,85]).

  • Concernant les formulations orales, le risque associé (ORa) aux formulations d’estrogènes seules ou aux formulations estroprogestatives était de 1,40 [1,32-1,48] et 1,73 [1,65-1,81] respectivement par rapport à l’absence de THS. Les formulations composées d’estradiol seul associé à un progestatif étaient respectivement associées à une réduction de 15% et 17% du risque par rapport à celles composées d’estrogène conjugué équin seul ou en association.

  • Parmi les formulations estroprogestatives, le risque le plus élevé était celui associé aux formulations à base de métroxyprogestérone (ORa : 2,10).

  • Le taux de cas MTEV était de 16,0 pour 10.000 femmes-années dans la population non traitées (entre 9,0 et 35,1/10.000 femmes-années depuis les 40-54 ans jusqu’aux 65-79 ans) et il était augmenté de 9 cas supplémentaires pour 10.000 femmes-années sous THS (entre 8,0 et 37,0/10.000 femmes-années depuis les 40-54 ans jusqu’aux 65-79 ans).

Principales limitations

Les bases de données recensent les prescriptions et non l’observance des traitements. Par ailleurs, des facteurs comme l’âge de la ménopause ou la prise de traitements anticoagulants n’ont pu être considérés.