Plus de mille intoxications aux champignons chaque année en France


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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Une équipe de chercheurs a compilé les données de la surveillance saisonnière des intoxications par des champignons recueillies par les centres antipoison de France métropolitaine. Entre 2010 et 2017, il y a eu 10.625 cas, collectifs pour plus de la moitié d’entre eux (56,4%). Leur répartition annuelle variait de 1.248 (2014) à 1.506 cas (2017).

Neuf cas sur dix (90,1%) sont survenus entre juillet et décembre, les pics de cas s’observant en octobre, sauf en 2011 (août).

Les intoxications se sont surtout produites dans une large zone géographique en U, traversant l’ouest, le sud et l’est de la France.

Elles étaient aussi nombreuses chez les hommes que chez les femmes. Près des deux tiers des cas étaient âgés entre 30 et 69 ans.

La très grande majorité des sujets s’était intoxiquée au cours d’un repas (95%). Les champignons en cause étaient le plus souvent issus de la cueillette (92,8%).

La quasi totalité (95%) des patients avaient un ou plusieurs signes hépato-digestifs. Dans deux tiers des cas (66,3%), il s’agissait de vomissements, dans près de la moitié (45,6%) de diarrhée, dans plus d’un tiers (36,0%) de douleurs abdominales, dans un quart (25,9%) de nausées. La symptomatologie la plus fréquemment observée était exclusivement hépato-digestive dans presque deux tiers des cas (64,2%). Les autres symptômes étaient des signes généraux (sueurs, fatigue, etc – 20,8% des cas), des signes neurologiques ou neuromusculaires (céphalées, vertiges, etc – 12,9%), cardiovasculaires (hypotension artérielle, tachycardie – 4%), oculaires (troubles de la vue, myosis, mydriase… – 3%), psychiques (hallucinations, …) ou cutanés (érythème, prurit, etc).

Au total, 239 cas de gravité forte ont été identifiés. Il s’agissait majoritairement (61,9%) de syndrome phalloïdien (vomissements, diarrhée, douleurs abdominales, cytolyse hépatique, insuffisance rénale, coma), à l’origine de 15 décès. Les 7 autres décès sont survenus dans le cadre d’un syndrome sudorien (nausées, vomissements, diarrhée, douleurs abdominales, hypersécrétions salivaire et bronchique, sueurs profuses, bradycardie, hypotension), qui a pourtant la réputation d’être peu dangereux. Mais les patients en cause avaient tous des antécédents cardiovasculaires.

Certaines intoxications étaient liées à des espèces réputées comestibles (consommation de champignons en mauvais état, confusion avec une espèce toxique, défaut de cuisson, etc).

Pour conclure, les chercheurs ne nient pas l’utilité des campagnes de prévention nationales, mais ils notent que la fréquence des intoxications est surtout liée aux variations météorologiques. Ils recommandent la mise à disposition d’un site internet listant les officines ou spécialistes à qui il est possible de montrer sa récolte, sur le modèle suisse. Ils rappellent que l’identification des champignons par ces spécialistes est indispensable au moindre doute avant de consommer des champignons d’une cueillette, et qu’il est prudent de les photographier avant de les cuire.