Plus d’un patient schizophrène sur cinq concerné par la douleur

  • Fond G et al.
  • Progress in Neuropsychopharmacology & Biological Psychiatry
  • 17 avr. 2018

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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L’étude de cohorte FACE-SZ, réalisée à partir de 10 centres français de référence sur la schizophrénie, montre que des douleurs modérées à extrêmes sont rapportées par plus d’un patient schizophrène sur 5, soit presque le double de ce que rapporte les études de prévalence en population générale. Les douleurs sont associées à la présence de céphalées, d’un plus haut niveau d’anxiété et de symptômes dépressifs, d’antécédents d’abus dans l’enfance et à un âge plus avancé, quels que soient le niveau de sévérité de la pathologie, les paramètres socio-démographiques ou les traitements psychotropes administrés. Ces résultats incitent à une évaluation plus systématique de la douleur chez les patients schizophrènes et notamment des céphalées.

Pourquoi est-ce important ?

Des études ont suggéré que les patients schizophrènes pourraient avoir des seuils de douleurs plus élevés que la population générale, ce qui aurait pour effet de minimiser la plainte et de freiner la mise en place de traitements adaptés. Pour certains, cette moindre sensibilité à la douleur pourrait même être considérée comme un endophénotype de la maladie.

Plusieurs équipes françaises se sont mobilisées pour mieux cerner cette problématique. Elles se sont attachées à évaluer la prévalence des douleurs auto-rapportées par les patients schizophrènes stabilisés dans la vraie vie, et à déterminer dans quelle mesure la douleur pouvait être associée à certains traits psychiatriques ou comorbidités. L’effet des médicaments psychotropes sur la douleur a également été exploré.

Résultats

  • L’étude a inclus 468 sujets schizophrènes stables (74% d’hommes, âge moyen 32 ans) non institutionnalisés. Parmi eux 104 (22%) ont déclaré des douleurs modérées à extrêmes et 32 sujets (6,8%) des douleurs extrêmes (score EQ-5D≥2)
  • En analyse multivariée, ces douleurs étaient fortement associées à la présence de céphalées (OR 2,63 [1,04-6,63], p=0,04). Pourtant aucun des patients évalués ne prenait de traitement spécifique. Une association avec un plus haut degré d’anxiété (OR 1,61 [1,18-2,21], p=0,003) et de symptômes dépressifs (OR 1,09 [1,01-1,17], p=0,03), un âge plus avancé (OR 1,04 [1,01-1,07], p=0,03), des traumatismes dans l’enfance (OR 1,03 [1,01-1,06], p=0,01) était également observée. Et ce quels que soient la sévérité des symptômes psychotiques, les paramètres sociodémographiques, les traitements psychotropes en cours (antipsychotiques, antidépresseurs, benzodiazépines) ou l’observance aux traitement.
  • Aucune association n’a été observée avec les comportements addictifs ou certains traits de la schizophrénie.

Méthodologie

La cohorte nationale FACE-SZ (FondaMental Advanced Centers of Expertise for Schizophrenia) a été établie par un réseau de 10 centres de référence sur la schizophrénie en France. Elle a inclus des patients disposant d’un diagnostic de schizophrénie ou de troubles schizo-affectifs considérés comme stabilisés, c’est-à-dire sans hospitalisation ni changement de traitement dans les 8 semaines précédant l’évaluation.

L’échelle européenne EQ-5D, validée chez les schizophrènes, a été utilisée pour évaluer l’état global de santé. Il s’agit d’une échelle à 5 dimensions incluant la mobilité, l’autonomie, les activités quotidiennes, la douleur et l’anxiété ou la dépression.

Limitations

L’aspect transversal de cette étude ne permettait pas une analyse sur la durée.

Par ailleurs les troubles de stress post-traumatique pouvant rendre compte de l’association entre trauma de l’enfance et douleur n’ont pas été évalués, de même que les traitements antalgiques ou les médicaments non psychiatriques.

Enfin, du fait d’une probable plus grande tolérance à la douleur chez ces patients, la douleur auto-rapportée était probablement sous-estimée.