Place de l’hypothermie chez les patients non chocables en post réanimation cardiaque

  • Lascarrou JB & al.
  • N Engl J Med
  • 2 oct. 2019

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Une étude française publiée dans The New England Journal of Medicine, s’est intéressée au maintien en hypothermie thérapeutique modérée, versus une température corporelle normale,  de patients ayant été réanimés après un arrêt cardiaque, mais sans activité électrique - sans pouls ou avec une asystolie. Les résultats montrent que l’hypothermie thérapeutique (33°C durant les 24heures post-réanimation) offre un meilleur pronostic neurologique à 90 jours.

Pourquoi cette étude est intéressante ?

L’hypothermie thérapeutique modérée (32-36°C) est actuellement recommandée par l’International Liaison Committee on Resuscitation (ILCOR) pour améliorer l’état neurologique chez les adultes n’ayant pas repris conscience après leur réanimation cardiaque. Cependant, cette procédure fait l’objet de débat chez les patients sans pouls ou avec asystolie. Ces sujets représenteraient 19% des sujets après réanimation cardiaque. Or, il est particulièrement utile de trouver des solutions pour améliorer le pronostic neurologique de ces patients qui est encore aujourd’hui très défavorable puisque seulement 2 à 15% des survivants retrouvent un état neurologique correct contre 65% des sujets non chocables.

Méthodologie

L’étude HYPERION (Therapeutic Hypothermia after Cardiac Arrest in Nonshockable Rhythm) est un essai randomisé et contrôlé mené en ouvert. Cette étude a comparé l’hypothermie thérapeutique modérée (33°C durant les 24heures post-réanimation) à une normothermie (37°C) chez les patients comateux admis en unité de soins intensifs après réanimation cardiaque et non chocables (activité électrique sans pouls, asystolie). Le critère principal d’évaluation était l’état de performance cérébrale mesurée par l’échelle CPC (Cerebral Performance Category) côtée de 1 à 5, les scores les plus élevés indiquant l’altération la plus sévère.

Principaux résultats

Entre janvier 2014 et janvier 2018, 581 patients recrutés à partir de 25 unités de soins intensifs (dont 11 CHU) ont été inclus dans les analyses. La majorité des arrêts cardiaques sont survenus hors milieu hospitalier et dans les deux tiers des cas, ils n’étaient pas liés à une cause cardiaque. L’hypothermie thérapeutique a été mise en place sous un délai médian de 16 minutes après la randomisation et a été arrêtée précocement chez 12,7% des sujets. À 90 jour, 10,2% des sujets mis en hypothermie thérapeutique étaient toujours en vie avec un score CPC (Cerebral Performance Categories) de 1 ou de 2 contre 5,7% chez ceux du groupe normothermie, doit une différence de 4,5%, p=0,04.

Les résultats étaient similaires après ajustement sur le centre et l’origine cardiaque ou non de l’arrêt cardiaque. 

En revanche, la mortalité à 90 jours (respectivement 81,3% et 83,2%), la durée de la ventilation mécanique, la durée de maintien en unité de soins intensifs, l’incidence des événements indésirables pré-spécifiés étaient similaires entre les 2 groupes.

Principales limitations

Le critère principal d’évaluation a été recueilli durant une interview téléphonique et non une interview face-face. Une proportion non négligeable de sujets a eu une température corporelle maintenue autour de 38°C notamment après la période d’obtention de la température cible.