Place de l’échographie focalisée au lit du malade (POCUS) en soins primaires

  • Sorensen B & al.
  • Ultrasound J
  • 19 nov. 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir

L’échographie focalisée au lit du malade ( POCUS, Point of Care Ultrasound ) est une aide au diagnostic qui s’intègre à l’exercice clinique et permet de rechercher en direct l’étiologie des signes cliniques et des symptômes d’un patient. Elle a été historiquement utilisée par les services d’urgence et par certains praticiens libéraux. Elle représente aussi une opportunité pour les médecins généralistes, notamment ceux pour lesquels l’offre territoriale rend l’accès aux explorations d’imagerie difficile. Une revue publiée dans Ultrasound Journal propose un tour d’horizon de 213 études ayant décrit la pertinence de la formation à l’utilisation de POCUS pour le diagnostic de différentes pathologies auprès d’une population non sélectionnée (reçue en médecine générale ou en services d’urgence).

Diffusion de l’utilisation de POCUS

La littérature met en évidence une très importante disparité de l’utilisation de POCUS en routine, en Europe et dans le monde. En France, la revue rapporte qu’en 2014, l’échographie était utilisée pour 5% des consultations en services d’urgence, même si leur équipement a progressé au cours de la décennie (de 52 à 71 % entre 2011 et 2016).

Principaux domaines d’investigation

En cardiologie, des études ont décrit la validité de l’utilisation du POCUS par les généralistes dans l’évaluation de la fonction ventriculaire gauche (VG), l’identification d’une hypertrophie VG, tandis qu’une autre étude a plus volontiers décrit la spécificité que la sensibilité de cette technique dans le diagnostic des pathologies cardiaques. Les travaux ayant concerné les urgentistes ont décrit des résultats globalement satisfaisants, notamment pour évaluer les dysfonctions diastoliques, l’insuffisance VG ou des troubles de la mobilité de la paroi cardiaque…

Les meilleurs résultats dans l’exploration abdominale concernent l’identification d’une hydronéphrose, avec une bonne sensibilité et une spécificité modérée à bonne, chez l’adulte ou l’enfant. Ceux relatifs à l’identification de la lithiase biliaire, de la constipation fonctionnelle, des invaginations intestinales ou de l’appendicite sont globalement moins probants.

Concernant l’investigation vasculaire, plusieurs études suggèrent la faisabilité du dépistage de l’anévrisme de l’aorte abdominale par les généralistes, à partir de >5 cm pour des médecins inexpérimentés jusqu’à >3 cm après formation. Une étude a également décrit la possibilité d’évaluer l’épaisseur de l’intima média carotidienne dans les maladies coronaires.

Dans le cadre de l’évaluation musculosquelettique, une validité, sensibilité et/ou spécificité satisfaisantes ont été décrites pour l’identification des lésions ligamentaires (poignet, coude, cheville, genou), des luxations de l’épaule, et de différentes fractures (crâne et avant-bras chez l’enfant, clavicule, coude, tibia, péroné, cheville, main et phalanges), avec toutefois une moindre qualité pour les fractures périarticulaires.

Au niveau pulmonaire, l’identification de l’insuffisance cardiaque aiguë décompensée et le pneumothorax par POCUS bénéficient de bons résultats. Son utilisation peut également aider au diagnostic des patients dyspnéiques.

Des études à l’appropriation en routine

Cette revue décrit également les données existant dans le domaine obstétrical, dans l’exploration des tissus mous, des yeux. Ses auteurs soulignent l’hétérogénéité de ces études sur le plan de la population de praticiens recrutés, à l’image de la population de médecins généralistes ou d’urgentistes d’un pays à l’autre ou au sein d’un même pays. Le profil des patients, bien que non sélectionnés dans l’une et l’autre de ces spécialités, peut aussi présenter des spécificités qui peuvent modifier la pertinence de l’échographie dans l’aide au diagnostic décrit dans ces différentes études. Pour autant, cette revue propose un tour d’horizon intéressant pour soutenir le développement de la formation à l’utilisation du POCUS chez ces praticiens.