Piloter la pandémie de COVID-19 : avoir du nez !

  • Pierron D & al.
  • Nat Commun
  • 14 oct. 2020

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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COVID-19 : Modifications sensorielles et corrélation avec les admissions hospitalières

COVID-19 : Modifications sensorielles et corrélation avec les admissions hospitalières

Denis PIERRON, chercheur au sein de l’Équipe de médecine Évolutive de la Faculté de chirurgie dentaire de Toulouse : « Au sein de l’équipe de recherche, nous avons tous été frappés de constater que les modifications du goût et de l’odorat en lien avec l’épidémie par SARS-CoV-2 puissent être aussi fortement corrélées à la circulation du virus. Comme nos données l’indiquent, ces modifications sensorielles sont mieux corrélées avec le nombre d’admissions hospitalières pour COVID-19 que certains indicateurs utilisés par le gouvernement. Par ailleurs, nous avons également démontré que la corrélation entre les modifications sensorielles et l’hospitalisation, le passage en service de soins intensifs et la mortalité pour cause de COVID-19 restait hautement significative lorsque ces symptômes étaient seulement auto-déclarés et non cliniquement constatés par un professionnel de santé. La variation de l’incidence de ces modifications sensorielles au sein de la population est également un critère simple et rapide d’évaluation de l’impact d’un confinement. En effet, la diminution de ces symptômes survien     t dès le 4è jour pour un confinement strict comme celui que nous avons connu lors de la première vague de COVID-19 en France. Bien sûr ces données mériteraient d’être confirmées à plus large échelle, mais ces résultats suggèrent que ce critère sensoriel permettrait d’être plus rapidement réactif face à la pandémie. ».

 

Les perturbations du goût et de l’odorat font partie des symptômes précoces du COVID-19 parmi les plus spécifiques. De fait, il est intéressant de savoir s’ils peuvent contribuer à mieux piloter les mesures sanitaires associées à la pandémie que les indicateurs choisis par le gouvernement, notamment le ratio du nombre de consultations pour suspicion de COVID-19 aux urgences / nombre de consultations générales aux urgences.

Des chercheurs français ont évalué l’association entre l’automesure des variations du goût et de l’odorat et le niveau de circulation du virus, le nombre d’hospitalisations et la mortalité liée au virus dans toutes les régions françaises à partir des données provenant de 3.832 individus et ce sur une période de 3 mois entre le 1er mars et le 11 mai 2020. Ils ont également évalué la relation dans le temps entre le pic de déclarations de modification du goût et de l’odorat et le pic de cas de COVID-19.

Les résultats de cette étude montrent une meilleure corrélation entre les modifications olfactives et gustatives et le nombre d’admissions hospitalières pour cause de COVID-19 que le ratio consultations aux urgences pour suspicion de COVID-19/consultations générales aux urgences (Rmodifications sensorielles=0,81, p=6,71x10-6 vs Rcritère gouvernemental =0,60, p=3,35x10-3).

Une tendance similaire a été mise en évidence entre les variations sensorielles du goût et de l’odorat et le nombre de décès liés au COVID-19 (Rmodifications sensorielles =0,75, p=5,62x10-5 et Rcritère gouvernemental =0,58, p=4,97x10-3). Ces constatations      ont été confirmées lorsque les données étaient      analysées au niveau départemental (Rmodifications sensorielles =0,76, p-19). Par ailleurs, à partir des données récoltées lors du premier confinement du printemps 2020, les chercheurs ont montré que le pic d’incidence de ce critère sensoriel survenait le 4è jour post confinement alors qu’il fallait attendre le 11ème jour pour le pic du critère gouvernemental précédemment cité.

Ainsi, ce critère sensoriel précoce pourrait permettre de gagner en rapidité dans le pilotage des mesures sanitaires nécessaires pour enrayer l’épidémie.