Peut-on se passer d’EPO pour gagner le maillot à pois lors de l’étape du Mont Ventoux ?

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Pas un tour de France sans que l’on ne parle d’EPO… Et pourtant, de récentes données montrent que les preuves de son efficacité sur les performances physiques sont de faible niveau. Une étude publiée dans The Lancet a comparé les effets de l’EPO à travers des tests en laboratoire en puissance maximale et submaximale (80% de la puissance maximale) et sur une épreuve de route.

Méthodologie

  • Étude en double aveugle, randomisée, contrôlée vs placebo, menée chez des hommes cyclistes, non professionnels, âgés de 18 à 50 ans. Ceux-ci ont été randomisés (1:1) afin de recevoir une injection sous-cutanée abdominale d’EPO (dose moyenne 6.000 UI/sem) ou un placebo (NaCl 0,9%) durant 8 semaines.
  • La randomisation était stratifiée par groupes d’âge (18-34 et 35-50 ans).
  • Les cyclistes devaient effectuer des tests en laboratoire à leur puissance maximale - incrémentation de 25 W toutes les 5min - à l’inclusion (jusqu’à 14 jours avant la première dose), puis à J11, J25, J39 et J53) et en puissance sub-maximale (80% de la puissance maximale) durant 45 min à l’inclusion et au 46e jour après la première dose. Environ 12 jours après la dernière dose d’EPO ou de placebo reçue, les participants étaient invités à gravir le Mont Ventoux (Vaucluse) après avoir parcouru 110 km en Provence.
  • Le critère principal d’évaluation était la performance physique en condition maximale et submaximale, mesurée par la puissance maximale (Pmax), le volume d’O2 maximum consommé (VO2max) et l’efficacité brute (puissance/énergie dépensée x 100). Des prélèvements sanguins étaient régulièrement collectés auprès des cyclistes pour analyse, notamment des taux de lactate et des marqueurs de la fonction endothéliale.

Résultats

  • Entre le 7 mars 2016 et le 13 avril 2016, 48 participants ont été randomisés, 24 dans le groupe EPO et 24 dans le groupe placebo.
  • À l’inclusion, les concentrations d’hémoglobine et les taux d’hématocrite étaient supérieurs dans le groupe EPO par rapport au groupe placebo : respectivement 9,6 mmol/L vs 9,0 mmol/L (soit une différence moyenne (DM) de 0,6 [IC95% : 0,4-0,8]) pour la concentration en hémoglobine et 47,6% vs 44,3% (DM : 3,3 [2,5-4,1] pour le taux d’hématocrite.
  • Sur l’ensemble de la période évaluée, la puissance moyenne maximale a augmenté (p=0,055) ainsi que le volume d’oxygène consommé (p=0,01) lors d’un exercice intense en laboratoire dans le groupe EPO vs placebo. De fait, la puissance maximale absolue a atteint 351,55 W vs 341,23 W (différence moyenne de 10,32 W [3,47-17,17]), avec atteinte de la significativité à J25 (p=0,00673) et le VO2 max 60,121 mL/min/kg vs 57,415 mL/min/kg (différence moyenne de 2,707 [0,911 à 4,503]). Soit une amélioration nette d’environ 5% dans le groupe EPO vs placebo.
  • En revanche, les analyses menées en laboratoire lors d’exercices à puissance submaximale, n’ont pas révélé de différence entre le groupe EPO et placebo : la puissance maximale était de 283,18 W vs 277,28 (DM de 5,90 [-0,87 à 12,67], p=0,086), et le VO2 de 50,288 mL/min/kg vs 49,642 mL/min/kg (DM de 0,646 [-1,307 à 2,600], 0,51) au 46ème jour.
  • 44 cyclistes ont pris part à l’ascension du Mont Ventoux dont 48% (n=22) dans le groupe EPO. Et la durée moyenne de la course n’a pas été significativement différente entre les deux groupes : 1h 40min et 32 secondes pour le groupe EPO vs 1h 40 min 15 s pour le groupe placebo, soit une différence de 0,3% [-8,3 à 9,6], sans différence significative entre les deux groupes.
  • Tous les évènements indésirables étaient de grade 1 et 2 et leur fréquence était similaire entre les deux groupes (fatigue, troubles musculo-squelettiques, maux de tête…). Aucun événement indésirable de grade 3 ou 4 n’a été observé.
  • Les marqueurs de la fonction endothéliale, sélectine E et sélectine P ont augmenté significativement dans le groupe EPO, ce qui pourrait signer une augmentation du risque de thrombose.

Limitations

  • Du fait de la réglementation des substances illicites chez les cyclistes, l’EPO n’a pas pu être administrée juste avant l’épreuve du Mont Ventoux.
  • La taille de l’échantillon peut ne pas avoir été suffisante pour démontrer une différence entre les deux groupes sur l'épreuve sur route.

Financements

Étude financée par le Center for Human Drug Research, Leiden (Pays Bas).

À retenir

Ces résultats confirment l’efficacité de l’EPO à améliorer les paramètres de tests de performance physique menés en laboratoire en puissance maximale, chez des cyclistes bien entraînés. En revanche, ces effets semblent disparaître lors de tests d’endurance en puissance submaximale en laboratoire et deviennent indétectables lors de courses en conditions réelles. De plus, l’augmentation des marqueurs de la fonction endothéliale pourrait indiquer une stimulation de la thrombogenèse sous EPO.