Peut-on limiter le gain de poids durant la grossesse par la metformine ?

  • Dodd JM & al.
  • Lancet Diabetes Endocrinol
  • 1 janv. 2019

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Une étude montre que chez des femmes enceintes (entre 10 et 20 semaines d’aménorrhée) en surpoids ou obèses, l’administration de metformine en plus de conseils sur l’alimentation et les habitudes de vie n’apporterait pas de bénéfice en termes de proportion d’enfants ayant un poids de naissance supérieur à 4.000 g. La metformine n’aurait pas non plus d’impact sur le gain de poids moyen hebdomadaire pour la mère durant la grossesse, ni sur la fréquence des conséquences cliniques pour la mère ou l’enfant. En revanche, les femmes du groupe metformine avaient un gain de poids global en dessous des recommandations de l’US Institute of Medicine. Les auteurs précisent bien que ces données ne permettent aucunement de préconiser la metformine durant la grossesse.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Les interventions sur l’alimentation et les habitudes de vie anténatales n’ont montré que de faibles bénéfices sur la limitation du gain de poids durant la grossesse. Cette étude serait la première à évaluer l’effet de la metformine en plus de conseils d’hygiène de vie chez des femmes en surpoids et obèses.

Méthodologie

Cette étude multicentrique, randomisée, menée en double aveugle a évalué l’administration de metformine versus placebo chez des femmes enceintes (entre 10-20 semaines d’aménorrhée) ayant un IMC ≥25 kg/met recrutées au sein de trois hôpitaux publics en Australie. Les femmes étaient randomisées (1:1) afin de recevoir un placebo ou de la metformine à raison de 500 mg/j la première semaine, et jusqu’à un maximum de 1.000 mg deux fois par jour sur quatre semaines, puis continuaient avec la dose atteinte jusqu’à la naissance.

Principaux résultats

Au total, 514 femmes ont été incluses dans les analyses (256 dans le groupe metformine et 258 dans le groupe placebo, âge gestationnel médian 16,29 semaines à l’inclusion et l’IMC médian de 32,32 kg/m2). Sur l’ensemble des participantes, 32% étaient en surpoids et 68% obèses. La proportion d’enfants ayant un poids de naissance >4.000 g n’était pas différente entre les mères ayant pris de la metformine et les autres (respectivement 16% et 14%, ratio de risque ajusté (RRa) 0,97 [0,65-1,47], p=0,899).

Le gain de poids maternel global - défini comme la différence entre le poids de grossesse à 36 semaines de grossesse ou le plus proche de l’accouchement et le poids avant la grossesse - était similaire entre les femmes sous metformine ou placebo. Le gain de poids moyen hebdomadaire – calculé en divisant le gain de poids gestationnel total par le nombre réel de semaines entre les mesures - était inférieur chez celles sous metformine (différence moyenne ajustée de -0,08 kg, p=0,007). Les femmes sous metformine étaient également plus susceptibles d’avoir un gain de poids au-dessous des recommandations américaines (RRa 1,46 [1,10-1,94], p=0,008), définies par un gain de poids entre 7,0 et 11,5 kg pour les femmes en surpoids et entre 5,0 et 9,0 kg pour les femmes obèses.

La prise de metformine ne modifiait pas les conséquences pour la mère et l’enfant, l’alimentation maternelle et l’activité physique, la qualité de vie maternelle, le bien-être émotionnel.

Un pourcentage similaire de femmes des deux groupes ont rapporté des effets indésirables (76% sous metformine et 73% sous placebo) notamment à titre de nausées, diarrhées, vomissements.

Principales limitations

La population incluse était principalement d’origine caucasienne, ce qui limite la portée de ces résultats.