Peut-on compter sur l’allopurinol pour ralentir le déclin de la fonction rénale ?

  • Badve SV & al.
  • N Engl J Med
  • 25 juin 2020

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir

La prise d’allopurinol chez les sujets ayant une maladie rénale chronique de stade 3 ou 4 à risque élevé de progression, permet après 104 semaines de réduire de 35% le taux acide urique sérique mais ne permet pas de ralentir le déclin de la fonction rénale. 

Pourquoi ces résultats sont intéressants

Ces conclusions sont cohérentes avec les résultats d’essais cliniques antérieurs. Mais elles ne permettent pas de soutenir l’hypothèse d’un lien entre l’augmentation des taux sériques d’acide urique et la progression de la maladie rénale, contrairement à ce qui a été suggéré par des études observationnelles. 

Méthodologie

Cette étude contrôlée a été menée chez des adultes ayant une maladie rénale chronique de stade 3 ou 4 et sans antécédent de goutte. Les sujets inclus devaient avoir un ratio albumine/créatinine ≥265 (mg/g) ou ≥30 (mg/mol) ou un déclin du DFGé d’au-moins 3,0 mL/min/1,73m2 au cours de l’année précédant l’inclusion. Les sujets étaient randomisés pour recevoir 100 ou 300 mg d’allopurinol/jour ou un placebo. Le critère principal d’évaluation était la variation du DFGé entre la randomisation et la semaine 104, estimé selon l’équation du CKD-EPI (Chronic Kidney Disease-Epidemiology Collaboration).

Principaux résultats

Au total, les analyses ont porté sur 363 patients, 182 sous allopurinol et 181 sous placebo. À l’inclusion, le DFGé moyen était de 31,7 mL/min/1,73m2, le ratio médian albumine/créatinine urinaire de 716,9 mg/g et le taux d’acide urique sérique de 8,2mg/dL (490 μmol/L). 

Dans le groupe traité par allopurinol, le taux d’acide urique a diminué à 5,1 mg/dL à 12 semaines et il est resté stable à 5,3 mg/dL jusqu’à 104 semaines, alors qu’il est resté stable (8,2 mg/dL) tout au long de l’étude dans le groupe placebo. Le DFGé n’a pas évolué de manière significativement différente entre les deux groupes : -3,33 et -3,23 mL/min/1,73 m2/an respectivement sous allopurinol et placebo (p=0,85). Et il n’a pas été constaté de diminution significative importante du taux de protéinurie, du ratio albumine/créatinine, de la pression artérielle, du critère composite d’évaluation comprenant le déclin du DFGé de 40%, d’une maladie rénale terminale ou du décès.

Des évènements indésirables graves ont été notifiés chez 46% des individus sous allopurinol et 44% de ceux sous placebo. Les principaux événements indésirables graves étaient des évènements cardiaques (19% sous allopurinol, 26% sous placebo), des évènements respiratoires (9% et 11%), des évènements gastro-intestinaux (11% et 13%) et des évènements rénaux (23% et 18%).

Limitations

Le recrutement a été très long et a de fait été interrompu précocement après que 369 sujets aient été inclus contre 620 prévus. Ceci a contribué à diminuer la puissance de l’étude. Le DFG a été estimé selon l’équation du CKD-EPI et non en mesurant la filtration glomérulaire par un marqueur comme l’iohexol.