Peuples autochtones face au COVID-19 : interview d’Irène Bellier

  • Stéphanie Lavaud

  • Nathalie Barrès
  • Actualités Médicales par Medscape
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France -- En plus des menaces multiples auxquelles ils doivent faire face au quotidien (invasion, exploitation et pollution de leurs territoires, etc), les peuples autochtones sont aujourd’hui confrontés à la pandémie de Covid-19. Si le coronavirus est nouveau pour tout le monde, ces populations y sont beaucoup plus vulnérables en raison de conditions de vie difficiles, de la discrimination dont ils souffrent, et d’une absence d’immunité vis-à-vis de ce type de pathologies.

L’épidémie vient aussi réactiver pour beaucoup des blessures historiques, souvenirs d’épidémies dévastatrices datant de l’époque où les colonisateurs, les missionnaires et d’autres ont envahi leurs territoires pour en exploiter les ressources.

Appel du photographe franco-brésilien Sebastião Salgado

Ce passé n’est finalement pas si lointain et le risque d’ « ethnocide » toujours présent aujourd’hui. En témoigne l’appel lancé le 3 mai par le photographe franco-brésilien Sebastião Salgado au président Jair Bolsonaro pour obtenir des mesures de protection des peuples autochtones de l'Amazonie contre le Covid, – message soutenu par des personnalités et largement relayé par les médias – dans lequel il rappelle les risques d'anéantissement de ces populations risquant d’être contaminées par les orpailleurs, fermiers ou autres bûcherons illégaux qui pénètrent toujours plus loin dans leurs territoires.

Pour connaitre l’état de vulnérabilité des populations autochtones dans le monde face au virus et savoir comment elles font face, tant bien que mal, à l’épidémie, nous avons interrogé Irène Bellier, anthropologue, directrice de recherches au CNRS, et vice-présidente du GITPA (Groupe international de travail pour les peuples autochtones).

Medscape édition française : Tout d’abord, qu’est-ce qu’une population autochtone ? Faut-il d’ailleurs utiliser ce terme ou parler de populations indigènes ?

Irène Bellier : Les peuples autochtones sont liés par une continuité historique à des sociétés qui ont précédé la conquête et la colonisation de leur territoire. Déterminés à préserver, développer et transmettre aux générations futures leur culture, leur langue, et leurs rapports à environnement, ils se considèrent comme distincts des sociétés dominantes. Ils ont d’ailleurs des formes de gouvernement et de justice qui leur sont propres. Alors que se négociait la Déclaration sur les droits des peuples autochtones aux Nations unies (adoptée en 2007) le terme « autochtone » a été préféré en français, au mot « indigène » celui-ci étant associé au statut de l’indigénat appliqué aux populations soumises, comme ce fut le cas par exemple, durant l’administration coloniale française de l’Algérie. En anglais comme en espagnol, le terme indigenous/indígena est préféré à authtonon/autóctono[1].

Qui sont aujourd’hui les populations autochtones dans le monde ?

Irène Bellier : La présence de peuples autochtones est reconnue dans 90 pays. Ils représentent, selon les Nations unies, environ 400 millions de personnes, se distribuant en 5000 langues et cultures distinctes, la démographie de chaque peuple allant de quelques dizaines à plusieurs millions de personnes. Les chiffres dépendent des recensements qu’opèrent les Etats qui introduisent cette catégorie, ou pas. Par exemple, la notion de groupes ethniques en France n'ayant pas d’existence juridique en droit français, les différents peuples autochtones de la Guyane française sont connus des politiques ou des scientifiques mais ne sont pas identifiés dans les recensements officiels.

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