Perturbateurs endocriniens : qu’est-ce que l’« effet cocktail » ?


  • Fanny Le Brun
  • Actualités Médicales
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Lorsqu’ils sont mélangés, les perturbateurs endocriniens peuvent parfois devenir plus nocifs : cet effet synergique est appelé « effet cocktail ». Des chercheurs français travaillent depuis plusieurs années au décryptage des mécanismes moléculaires qui contribuent à ce phénomène et viennent de publier leur nouvelle étude dans le journal PNAS.

Ces travaux sont importants car des centaines de perturbateurs endocriniens sont présents en permanence dans l’environnement : ils agissent donc rarement de façon isolée sur la santé humaine. Ainsi, certains perturbateurs endocriniens, a priori inoffensifs individuellement aux doses trouvées dans l’environnement, peuvent avoir un effet plus nocif s’ils sont mélangés à d’autres perturbateurs. Par exemple, le 17α-éthinylestradiol (composant de certaines pilules contraceptives) et le TNC (pesticide interdit mais persistant dans les sols) peuvent se fixer simultanément sur le récepteur PXR présent dans le noyau des cellules et qui contrôle l’expression de différents gènes impliqués dans la régulation de diverses fonctions physiologiques. Or, lorsque l’un de ces perturbateurs se fixe sur PXR, il y attire l’autre : c’est un effet synergique qui entraîne une modification de la fonction de PXR à des doses largement plus faibles avec cette combinaison de substances qu’avec les substances prises séparément.

Dans leurs nouveaux travaux, les chercheurs français ont étudié les interactions entre le récepteur PXR et 13 perturbateurs endocriniens, seuls puis en binômes. Ils ont découvert que le récepteur PXR possède quatre poches, présentant des caractéristiques moléculaires et physico-chimiques spécifiques, permettant à des substances de structure très différente de s’y fixer simultanément. En étudiant l’expression des gènes contrôlés par PXR en fonction des différents binômes de perturbateurs endocriniens fixés, les équipes de recherche ont constaté que seules certaines associations ont un effet synergique fort.

Les chercheurs se sont également intéressés au récepteur RXR, avec lequel PXR s’associe pour se fixer sur l’ADN et réguler l’expression génétique. Ils ont alors observé qu’en utilisant un mélange de trois perturbateurs endocriniens, l’activation de RXR par l’un des composés renforçait encore l’effet synergique des deux autres perturbateurs liés à PXR. Ce mécanisme accroît donc encore la toxicité́ des mélanges.

Si ces mécanismes expliquent certaines synergies, les interactions entre les perturbateurs endocriniens et l’organisme sont complexes. Ces recherches doivent être poursuivies afin de définir l’impact réel de ces associations sur la santé humaine. Les équipes se pencheront notamment sur d’autres récepteurs cellulaires qui ressemblent à PXR. À terme, les scientifiques espèrent pouvoir prédire les effets cocktail nocifs entre plusieurs perturbateurs endocriniens.