Perturbateurs endocriniens et risques de cancers


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

Sous le terme de « perturbateurs endocriniens » (PE) sont regroupées de très nombreuses molécules, présentes dans notre environnement quotidien et susceptibles d’avoir des effets néfastes sur notre santé en interférant avec notre système endocrinien. Il s’agit d’un sujet complexe, parce que ces molécules sont très différentes, que les niveaux de preuve sur leur impact sanitaire sont variables et qu’elles posent de complexes problèmes méthodologiques en termes d’évaluation sanitaire (mesures de l’exposition des populations, effets « faibles doses », effets cocktail, etc). L’INCa (Institut national du cancer) publie une « fiche repère » qui fait un point très utile et très clair sur cette menace sanitaire, notamment en ce qui concerne les modifications du risque d’apparition de cancers que ces molécules entraînent.

Le document rappelle que plusieurs PE ont un rôle avéré ou suspecté dans l’apparition de cancers hormono-dépendants. Ainsi le diéthylstilbestrol, utilisé en France entre 1948 et 1977 dans plusieurs spécialités médicamenteuses, augmente le risque relatif de cancer du sein chez les femmes l’ayant pris pendant leur grossesse et celui de cancer du vagin chez leurs filles issues de ces grossesses. Chez les femmes les ayant pris plus de 5 ans, les traitements hormonaux de la ménopause augmentent le risque de cancer du sein (le risque diminue ensuite 5 ans après l’arrêt du traitement) et de cancer de l’endomètre et de l’ovaire. Les contraceptifs oraux estroprogestatifs sont associés à une augmentation de risque de cancer du sein (le risque semblant diminuer dans les dix ans qui suivent l’arrêt de la contraception), de l’utérus et du foie. Cependant ils ont un effet protecteur sur le risque de cancer de l’endomètre et de l’ovaire.

Certains PE ont un effet cancérogène avéré sur des localisations non endocriniennes, en particulier les dioxines (tous organes chez l’homme), le benzopyrène, les polychlorobiphényls (PCB, impliqués dans le risque de mélanomes malins), le formaldéhyde (leucémie).

D’autres sont classés parmi les potentiellement cancérogènes (classes 2A ou 2B de l’Institut international de recherche sur le cancer) :

  • PCB et cancer du sein et lymphome malin non hodgkinien ;

  • Hydrocarbures aromatiques polycycliques pour les cancers du poumon, de la vessie et de la peau ;

  • Phtalates dans les tumeurs du foie et du testicule ;

  • Chlordécone pour le cancer de la prostate ;

  • DDT et cancers du foie, du testicule, du sein et lymphome malin non hodgkinien.

Les pouvoirs publics ont mis en place en 2005 un Programme national de recherches sur les perturbateurs endocriniens et en 2014 une stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens, renouvelée en 2019. L’ANSES se voit confiée l’évaluation de 9 substances chaque année, avec également comme mission la constitution d’une liste des substances ayant des propriétés de perturbatrices endocriniennes, selon qu’elles soient avérées, présumées ou suspectées. Une harmonisation des réglementations européennes est en cours de discussion à la Commission européenne.

La fiche repère de l’INCa se conclut sur une série de conseils pour la population afin de réduire son exposition aux PE, qui doivent être particulièrement suivis par les femmes enceintes et les jeunes enfants.