Péridurale et autisme : où sont les preuves ?

  • Wall-Wieler E & al.
  • JAMA Pediatr

  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Au mois d’avril 2021, le JAMA Pediatrics a publié une étude observationnelle canadienne visant à évaluer les risques de développer un trouble du spectre autistique (TSA) chez les enfants nés lors d’un accouchement sous analgésie péridurale. Les données de santé de 123.175 enfants nés entre 2005 et 2016 ont été analysées entre 2020 et 2021. Sa conclusion : après analyse multivariée, aucune association n’est retrouvée entre le fait d’être né avec péridurale et le risque d’avoir un diagnostic de TSA. Une analyse en sous-groupes, limitée aux fratries, a confirmé ce résultat.

Ces travaux battent en brèche les données d’une autre étude récente, américaine cette fois, et qui concluait à un sur-risque d’autisme de 37% chez les enfants nés d’un accouchement sous péridurale. Mais ils jettent aussi un voile d’incertitude sur le sujet : existe-t-il ou non un risque avéré ?

Ces contradictions illustrent en réalité toute la difficulté à conduire des travaux sur le sujet mais aussi à bâtir des études méthodologiquement fiables sur la question, explique en substance l’éditorial qui accompagne la publication de l’étude canadienne. Rappelons que les TSA sont des troubles développementaux multidimensionnels dont certains paramètres échappent certainement à notre compréhension. Les études conduites chez les jumeaux montrent bien un caractère héritable des TSA, mais insuffisant pour en expliquer l’étiologie. Pour l’heure, les méta-analyses disponibles sur le sujet n’ont isolé aucun facteur prénatal ou néonatal spécifique, mais plutôt des conditions périnatales qui regroupées, pourraient exposer à un risque accru, comme la détresse fœtale, les problèmes de cordon ombilical ou les grossesses multiples.

Des biais cliniques et des biais culturels

Le niveau de preuve en faveur d’une association ou d’une absence d’association est encore faible, et insuffisant, soulignent les éditorialistes. Ces deux études, aussi puissantes soient-elles de par les effectifs recrutés, restent observationnelles. La question de la dose d’analgésique à laquelle l’enfant a pu être exposé au cours de l’accouchement interroge également, mais n’a pu être explorée dans l’étude canadienne, pour la mettre en regard de l’association dose-risque suggérée par les travaux américains.

Par ailleurs, la question du diagnostic doit aussi être débattu : on connaît toute la difficulté à poser le diagnostic, malgré les recommandations qui peuvent par ailleurs être différentes selon les pays ou être différemment interprétées selon les praticiens ou selon les équipes. Les deux études ont ainsi utilisé des référentiels légèrement différents.

Enfin, le recours à la péridurale est un élément dépendant de nombreux facteurs socio-économiques, psychologiques et culturels. Il reflète aussi une certaine confiance dans la médecine et le corps médical. Le recours aux soins et la démarche diagnostique à la recherche de TSA sont soumis à des paramètres similaires. La question est de savoir comment les démêler d’un point de vue analytique.

Aussi, aucune conclusion formelle ne peut être tirée de cette série de publications. D'autres recherches permettant de prendre en compte ces différentes difficultés en recourant à des méthodologies standardisées seront nécessaires pour conclure avec plus de certitude. Mais quoi qu’il en soit, estime le rédacteur en chef  du JAMA Pediatrics, Dimitri Christakis, « étant donné qu'il n'y aura jamais d'études interventionnelles sur les expositions environnementales, il nous reste des études observationnelles imparfaites qui présentent toujours un risque de confusion résiduelle, en particulier lorsque les tailles d'effet observées sont faibles, comme cela risque d'être ici le cas, et ce même si elles sont réelles. »