Percept-R : enquête sur la perception des bactéries multirésistantes parmi le personnel soignant


  • Caroline Guignot
  • Actualités Médicales
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Messages principaux

  • Percept-R est une enquête anonyme qui a été conduite entre 2014 et 2016 auprès de 8.716 personnels soignants français, dont 1.291 issus du personnel médical.
  • Le niveau de connaissance diverge entre personnel soignant médical (PM) et non médical (PNM), entre typologie d’établissement, et selon les classes d’âge. Les connaissances relatives aux bactéries multirésistantes sont surestimées, tandis que la connaissance sur l’efficacité des produits hydro-alcooliques reste insuffisante.

 

La gestion de l’antibiothérapie et du risque lié aux infections nosocomiales est l’objet de campagnes et d’efforts institutionnels depuis une vingtaine d’années. La perception et les connaissances des équipes soignantes sur le sujet n’ont cependant pas été récemment évaluées en France. L’étude Percept-R, financée dans le cadre de la performance du système de soins (PREPS 2012), a été conduite auprès de 1.291 participants issus du personnel soignant médical et 7.425 issus du personnel soignant non médical.

Evaluation anonymisée des connaissances et des perceptions

Menée in situ à la suite d’une prise de contact avec l’équipe locale d’hygiène hospitalière et de prévention des infections, elle a permis de rencontrer les personnels des différents services de l’établissement, afin de les solliciter pour remplir anonymement un questionnaire auto-administré portant sur les bactéries multirésistantes (BMR) : épidémiologie, transmission, prévention, utilisation de gants, questions sur la connaissance des recommandations spécifiques à certaines infections/risques infectieux… Un score de connaissance était ainsi établi pour chaque participant. Le questionnaire comportait aussi une évaluation des perceptions, dans laquelle chacun devait décrire son degré d’accord/désaccord (échelle de Lickert) pour certaines assertions : risque perçu (le respect insuffisant de l’hygiène des mains peut avoir des conséquences pour les patients), connaissances perçues (Je suis tout à fait informé(e) des recommandations de bonnes pratiques d’hygiène des mains), perception des bonnes pratiques d’hygiène des mains (adhésion/attitude perçues vis-à-vis des bonnes pratiques d’hygiène des mains), efficacité relative aux recommandations de bonnes pratiques d’hygiène des mains... Une bonne représentativité Le taux de participation des personnels rencontrés a été de 74%, 55% des PM ayant accepté, contre 79% des PNM. Au total, 83% des participants étaient des femmes (50% parmi le personnel médical), et l’âge médian était de 33 et 37 ans dans les deux catégories, respectivement. Dans l’ensemble, 68% et 34% des participants déclaraient avoir été formés au cours des 3 dernières années à l’hygiène des mains et à la maîtrise des BMR.

Principales divergences entre personnel soignant médical et non médical 

Le score de connaissance établi durant l’enquête était de 4,7 en moyenne sur un total de 8 points, avec un score de 4,7 pour le personnel médical contre 3,6 pour le personnel non médical. Les chiffres étaient supérieurs au sein des CHU et inférieurs dans les services de soins longue durée. Ils étaient aussi supérieurs au sein du PM par rapport au PNM. La plupart pensaient à tort que l'hygiène des mains était plus importante après qu'avant le contact avec un patient (58% des PM, 52% des PNM). En revanche, les produits hydro-alcooliques étaient bien considérés comme plus efficaces que les savons antiseptiques ou ordinaires (76% des PM, 50% des PNM).

Les précautions standards (hygiène des mains après le contact avec l’environnement du patient et absence de port de gants pour le contact avec la peau intacte du patient) étaient connues par 84% et 81% de ces deux catégories de personnel respectivement. Hétérogénéité liée à au profil des répondants et à la typologie des établissements.  Par ailleurs, 85% des PM et 67% des PNM considéraient que le S. aureus résistant à la méthicilline (SARM) était principalement transmis par les mains, tandis que 89% et 95% d’entre eux d’une part et 83% et 42% d’entre eux d’autre part estimaient que l’épidémiologie de SARM et des entérobactéries productrices de bêta-lactamases à spectre étendu (EBLSE) augmentaient en France.

La nature de l’établissement, le fait d’être jeune (26-45 ans), le fait d’être un personnel soignant médical et de travailler dans une unité de soins intensifs, ainsi qu’avoir bénéficié d’une formation sur la maîtrise des BMR étaient associés à un bon score de connaissance, selon l’analyse multivariée. Par ailleurs, le risque perçu, l’adhésion perçue, l’efficacité et la motivation constituaient 4 facteurs cognitifs associés à une meilleure connaissance du risque.

Cette étude montre que beaucoup  reste encore à faire dans ce domaine et que la diffusion des connaissances et des bonnes pratiques doit se poursuivre en France.