Patients âgés polymédicamentés : il est possible d’identifier les patients à risque iatrogène à l’officine

  • Beuscart JB & al.
  • BMC Geriatr
  • 21 oct. 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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Les sujets âgés polymédicamentés sont exposés à des risques d’effets indésirables pouvant avoir un impact sur la mortalité et le risque d’hospitalisation. Des stratégies visant à détecter et à réduire les prescriptions potentiellement inappropriées sont donc activement recherchées. En France, le pharmacien d’officine joue un rôle de premier plan dans le suivi des patients souffrant de pathologies chroniques. Il peut être désigné comme pharmacien de référence par le patient et il a la possibilité de réaliser une analyse pharmaceutique et éventuellement d’adapter le traitement en concertation avec le médecin traitant. Mais les critères d’identification des patients nécessitant une analyse pharmaceutique ne sont à ce jour pas clairement définis. La faculté de pharmacie de Lille s’est intéressée à cette problématique et a demandé aux étudiants en dernière année d’identifier, à partir des officines dans lesquelles ils effectuaient leur stage, les sujets âgés polymédicamentés prioritaires pour une analyse pharmaceutique.

L’implication d’étudiants de la faculté de pharmacie de Lille

Cette étude transversale a été réalisée au sein de pharmacies d’officine du Nord-Pas-de-Calais et a impliqué 141 étudiants en 6eannée de pharmacie. Il avait été demandé à chacun d’entre eux dans le cadre de leur stage de fin d’étude de mener des entretiens auprès de 10 sujets âgés 65 ans ou plus et prenant au moins 5 médicaments par jour, dans l’objectif d’évaluer leur capacité à gérer leur traitement médicamenteux au quotidien. Des guides d’entretien préalablement élaborés par des experts étaient utilisés à cet effet. Ces entretiens pouvaient avoir lieu à l’officine ou au domicile du patient selon le souhait de celui-ci, et dans ce dernier cas, l’étudiant avait la possibilité d’examiner l’armoire à pharmacie du patient. Les 141 étudiants ont ainsi pu mener 1.370 entretiens et un examen de l’armoire à pharmacie a pu être réalisé pour 54,2% d’entre eux (743).

Des marqueurs de la difficulté à gérer les traitements identifiés

Les personnes vues en entretien étaient âgées en moyenne de 81,5 ans et prenaient 9,3 médicaments par jour. La moitié d’entre elles présentait des problèmes d’ordre gériatrique comme des antécédents de chute, des difficultés de marche ou une perte de poids au cours des 6 derniers mois, et 42% d’entre elles ont rapporté des effets indésirables. Plus d’un quart des personnes ont évoqué des difficultés à préparer leurs médicaments, pour le prendre ou l’avaler. Celles-ci étaient associées à un âge plus avancé, à la présence d’une aide à domicile, à des problèmes d’adhésion au traitement et à l’existence d’effets indésirables. Quant à l’inspection des armoires à pharmacie au domicile des personnes visitées, elle a révélé de nombreuses incohérences : localisation inappropriée du meuble, problème de stockage (médicaments conservés sans leur boite ou leur notice dans 21,7% des armoires), date de péremption expirée (40,7%), présence de médicaments potentiellement inappropriés (15%), plusieurs versions génériques de la même molécule (19,9%) et médicaments en doublon (20,4%).