Pathologie Tau et expression clinique de la maladie d’Alzheimer : tout le monde n’est pas logé à la même enseigne

  • Ossenkoppele R & al.
  • JAMA Neurol
  • 24 févr. 2020

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Il existe une grande variabilité interindividuelle dans l’expression clinique et la neurodégénérescence chez des sujets atteints d’une pathologie Tau à l’imagerie.
  • Cet essai a mesuré l’impact sur la résilience cérébrale et cognitive de différents facteurs associés à cette variabilité chez des sujets positifs pour une tauopathie à l’imagerie et souffrant de troubles cognitifs légers ou d’une démence liés à la maladie d’Alzheimer.
  • Ses résultats suggèrent qu’à charge en protéine Tau néocorticale égale, les femmes et les patients jeunes atteints de maladie d’Alzheimer ont une préservation plus importante de leur structure cérébrale et de leurs capacités cognitives.
  • Ces variations inter-individuelles jouent un rôle important puisque les participants qui avaient une résilience cérébrale et cognitive faible étaient aussi ceux dont le déclin cognitif était le plus rapide.

 

S’il existe une corrélation bien établie entre pathologie Tau, atrophie cérébrale et déclin cognitif dans la maladie d’Alzheimer, des charges en protéines Tau similaires impactent de façon très variable la neurodégénérescence et la cognition selon les individus. Ainsi, les chercheurs parlent de résilience cérébrale et cognitive pour décrire ce lien entre tauopathie d’une part et atrophie cérébrale et perte cognitive d’autre part. Quels sont les facteurs qui contribuent à cette résilience et dans quelle mesure sont-ils associés à la vitesse du déclin cognitif ? La réponse à ces questions est d’importance pour comprendre pourquoi certains sujets sont plus résilients que d’autres et affiner le pronostic de façon individuelle.

Mesurer la résilience cérébrale et cognitive en fonction de la charge Tau

Cet essai réalisé au sein 3 centres spécialisés en Corée du sud, aux États-Unis et en Suède, a inclus des sujets présentant une TEP-amyloïde positive et des troubles cognitifs légers ou une démence liés à la maladie d’Alzheimer. Puis la charge en agrégats tau par TEP au flortaucipir, un marqueur de la protéine Tau, rendu visible à l’imagerie au fluor 18 [18F] radioactif, a été évaluée. Les scores de résilience ont ensuite été calculés en mesurant l’épaisseur corticale et la cognition (score MMSE, Mini-Mental State Examination) par rapport à la charge Tau. Dans l’analyse statistique, différents facteurs (démographiques, génétiques, marqueurs à l’imagerie) ont été testés pour mesurer leur implication dans la variabilité interindividuelle de la résilience cérébrale et cognitive.

Les femmes et les patients jeunes plus résilients face à l’adversité Tau

L’étude a inclus 260 participants, dont l’âge moyen était de 69 ans. Parmi eux, 55,8% étaient des femmes et le score MMSE moyen était de 21,9. En analyse de régression multiple, les femmes et les patients jeunes avaient une meilleure résilience à la pathologie Tau (coefficient de régression standardisé ß de -0,15 et -0,20 respectivement). Un niveau d’éducation élevé ou une épaisseur corticale globale plus importante étaient également associés à une meilleure résilience cérébrale vis-à-vis de la tauopathie (ß 0,23 pour les deux), alors que les volumes des hyperintensités de la matière blanche ne l’étaient pas. Par ailleurs, la rapidité du déclin cognitif sur la durée était associée aux valeurs les plus basses de résilience cérébrale et cognitive.