Pas d’effet protecteur des oméga-3 en prévention primaire des maladies cardio-vasculaires ou des cancers

  • Manson JE & al.
  • N Engl J Med
  • 3 janv. 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Selon cette étude américaine contrôlée randomisée, une supplémentation en acide gras oméga-3 à raison de 1 g/j ne semble pas réduire le risque d’événements cardiovasculaires majeurs, ni de cancer, par rapport à un placebo. L’analyse séparée des critères composant le critère principal composite a fait apparaître une réduction du risque d’infarctus du myocarde (IDM) dans le groupe oméga-3, mais pas des autres critères (décès d’origine cardio-vasculaire et AVC). Ces résultats sont en partie en accord avec l’absence d’effet des oméga-3, observée en prévention secondaire des événements cardiovasculaires dans de récentes méta-analyses et essais chez des sujets à haut risque cardio-vasculaire ou atteints de diabète. Le désaccord concernant les IDM pourrait être lié aux caractéristiques des populations prises en compte dans les autres études, à la prévention secondaire vs primaire, au design des études, etc. 

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Les acides gras oméga-3 ont suscité beaucoup d’engouement dans la prévention des événements cardiovasculaires. Mais peu de grands essais ont étudié l’intérêt en prévention primaire et en population générale et les données concernant leur utilité en prévention des cancers sont contradictoires. L’étude VITAL a été menée aux États Unis afin d’évaluer l’intérêt d’une supplémentation en vitamine D3 d’une part, et d’acide gras oméga-3 d’autre part, pour réduire le risque cardiovasculaire et de cancer en population générale. Seuls les résultats concernant la supplémentation en oméga-3 sont rapportés ici.

Conception de l’étude

Cet essai contrôlé randomisé a évalué l’intérêt d’une supplémentation en acide gras oméga-3 chez les hommes à partir de 50 ans et les femmes à partir de 55 ans chez les femmes en population générale, en prévention primaire d’événements cardiovasculaires majeurs (infarctus du myocarde, AVC, décès d’origine cardiovasculaire) ou de cancers (tous types confondus) (critère composite principal). La supplémentation reposait sur la prise d’une capsule de 1g/j d’huile de poisson contenant 840 mg d’oméga-3, dont 460 mg d’acide eicopentaénoïque (EPA) et 380 mg d’acide docosahexaénoïque (DHA). Cette dose est celle recommandée par l’American Heart Association  en prévention secondaire des événements cardiovasculaires.

Résultats

  • L’étude a randomisé 25.871 sujets de 67,1 ans d’âge moyen, dont 20% d’afro-américains et 51% de femmes, qui ont été suivis sur une durée médiane de 5,3 ans.
  • Concernant les 805 événements cardio-vasculaires majeurs survenus au cours du suivi, 386 ont été observés dans le groupe oméga-3 et 419 dans le groupe contrôle (HR 0,92 [IC95% 0,80-1,06], p=0,24).
  • Des cancers invasifs ont été diagnostiqués chez 820 sujets du groupe oméga-3 et 797 du groupe placebo, avec un risque de survenue de la maladie similaire dans les deux groupes (HR 1,03 [IC95% 0,93-1,13], p=0,56). L’analyse par type de cancer n’a pas non plus fait apparaître de différences significatives.
  • Aucune différence significative n’est apparue concernant les événements cardiovasculaires majeurs (HR 0,93 [IC95% 0,82-1,04]), ni les composants du critère principal composite pris isolément : AVC (HR 1,04 [IC95% 0,83-1,31]), décès d’origine cardiovasculaire (HR 0,96 [IC95% 0,76-1,21]). Une réduction significative des infarctus du myocarde est cependant apparue (HR 0,72 [IC95% 0,59-0,90]).
  • Aucune différence significative n’a été observée non plus concernant les décès par cancer (HR 0,97 [IC95% 0,79-1,20]) ou toutes causes confondues (HR 1,02 [IC95% 0,90-1,15]).
  • Par ailleurs, les effets indésirables (EI) gastro-intestinaux, les EI graves et les saignements se sont produits avec des incidences similaires dans les deux groupes.

Limites

L’utilisation d’un seul dosage d’oméga-3 ne permettait pas de mesurer une éventuelle relation dose-réponse.