Pandémie : les jeunes doivent changer l’entreprise recherche – 2ème partie

  • Hervé Maisonneuve, MD

  • Éditorial
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Le système ne devrait plus faire dériver des chercheurs honnêtes

Nous avons vu que, dans l’entreprise recherche, des acteurs honnêtes utilisaient le système pour progresser au mieux dans une compétition difficile. Des jeunes chercheurs, biberonnées au facteur d’impact, observent des embellissements de données, voire des pratiques douteuses en recherche. S’ils posent des questions simples mais dérangeantes, les réponses sont : si tu veux ta thèse, fais comme je te dis ; plus tard, tu feras comme tu veux ; je n’ai pas le temps, je t’expliquerai plus tard. Moi-même, je me souviens de situations difficiles : j’ai été obligé par mon ‘chef’ de faire une présentation orale avec quelques arrangements étonnants, je me rappelle d’un article dont les archives ne sont ‘heureusement’ plus disponibles…

Les jeunes chercheurs et chercheuses, encore peu présents dans les maillons de la chaine de l’entreprise recherche, doivent avoir un impact sur le changement. Quelles pratiques, autour de la publication, peuvent être adoptées?

  • La collaboration entre équipes de recherches , entre universités, entre pays semble favoriser des pratiques transparentes.

  • La parité dans les instances, en associant des jeunes. Les revues du groupe Lancet seront les premières qui auront une parité homme/femme dans les comités de rédaction. N’est-il pas étonnant de constater que parmi les 32 chercheurs ayant le plus d’articles rétractés , il n’y a qu’une seule femme ?

  • Abandonner les indicateurs de notoriété des revues. Depuis le milieu des années 1990, la perversité de ces indicateurs a été décrite. En janvier 2011, l’Académie des Sciences a alerté sur le mauvais emploi de ces indicateurs. Fin 2012, DORA (Declaration On Research Assessment) a proposé 18 recommandations dont la première est « Ne pas utiliser les indicateurs basés sur les revues, tels que les facteurs d’impact, comme succédané d’appréciation de la qualité des articles de recherche individuels, pour évaluer les contributions d’un scientifique en particulier ou pour prendre des décisions en matière de recrutement, de promotion ou de financement. » 

  • Le peer-review ouvert apporte une transparence indispensable à l’entreprise recherche. Les noms et rapports des reviewers, les versions successives des manuscrits avant publication, les noms des rédacteurs de la revue ayant pris les décisions sont disponibles sur les sites des revues. Des revues ont adopté le peer-review ouvert, mais des revues prestigieuses résistent. Les groupes BMJ, PLoS et BMC sont des précurseurs.

  • Le modèle Registered Reports est utilisé par bientôt 250 revues. La décision de principe d’acceptation d’un manuscrit est prise sur l’idée de la recherche et le protocole (introduction et méthodes d’un article) sans remise en cause ultérieure selon les résultats. Les auteurs ne sont pas incités à construire des contes de fées.

  • Le partage de données est une demande depuis quelques années de la part des revues. Les auteurs résistent. Des revues font signer un ‘data sharing statement’ aux auteurs. Des recommandations détaillées ont été proposées par l’International Committee of Medical Journal Editors.

  • La reproduction ou réplication de recherches  devrait être valorisée et non pas considérée comme l’apanage des chercheurs sans idées qui gaspillent des ressources. La création d’une revue ( ReScienceX ) dédiée aux réplications et aux jeunes chercheurs est bienvenue. C’est un projet français (Inria, Bordeaux) dans les sciences computationnelles, mais d’autres disciplines devraient les imiter.

  • L’intégrité des données doit être recherchée . Une déclaration de l’auteur correspondant sur l’intégrité de la recherche devrait être faite. C’est le quatrième critère pour qualifier la paternité d’un article par les auteurs. La signature demandée aux auteurs par la plupart des revues, sans vérification de la véracité de leur déclaration, n’est pas satisfaisante.

  • Apprendre à reconnaître ses erreurs. Je ne l’ai pas appris quand je débutais ma carrière, et mes regrets ne corrigent pas certaines approximations dans de vieux articles. Des chercheurs ne font jamais d’erreurs, et je les envie !

De POP à TOP : une urgence

Les jeunes chercheurs et chercheuses seront les moteurs pour que l’entreprise recherche passe de POP ( Publish or Perish ) à TOP ( Transparency Openess Promotion ). Les séniors, peu habitués à ces pratiques d’ouverture, rédigent les recommandations sans les mettre en œuvre. Les recommandations TOP, publiées en 2015 dans Science , demandent du temps pour leur mise en œuvre : Open Data, Open Science, etc…  Les concepts de Slow Science , de Slow Professor ont été décrits au début des années 2010. Des changements ont été initiés par cette pandémie, comme les congrès virtuels qui allient une augmentation des audiences avec une diminution de l’empreinte carbone. Il faudra évaluer ces congrès pour identifier les points positifs.

 

Retrouvez la 1ère partie de cet éditorial, Les rétractations d’articles sont une action vertueuse