Pandémie : les jeunes doivent changer l’entreprise recherche – 1ère partie

  • Hervé Maisonneuve, MD

  • Éditorial
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Les rétractations d’articles sont une action vertueuse

Après la mort de George Floyd, noir américain étranglé par un policier blanc, j’ai lu dans Le Monde (6 juin 2020)  : «  Chaque changement dans ce pays est venu de la jeunesse, pas des politiques… Si nous marchons, nous verrons George de l’autre côté de la montagne  ». Comment l’entreprise recherche peut évoluer après la pandémie à SARS-CoV-02 ? La cacophonie liée à la pandémie a mis en première ligne des pseudo-experts, interrogés par des journalistes sans culture scientifique. Beaucoup devenaient virologues, infectiologues, pneumologues, réanimateurs avec des affirmations péremptoires souvent basées sur des croyances plutôt que des connaissances… Certains ne maîtrisant pas le fonctionnement de l’entreprise recherche n’ont pas compris qu’une rétractation d’un article était une décision vertueuse, notamment par le New England Journal of Medicine ou NEJM et The Lancet . Ces pseudo-experts, qui se vantaient d’avoir publié dans des revues prestigieuses des articles pas toujours traçables, ont immédiatement traité le NEJM et The Lancet de mauvaises revues. Si ces deux articles avaient concerné des sujets autres que la COVID-19, auraient-ils été rétractés ? Est-ce que d’autres articles questionnables restent ‘impunis’ ?

Corriger les articles scientifiques est bien fait par les revues

Les revues prestigieuses ont depuis le début des années 2000 mieux formalisé les corrections : ‘ correction, expression of concern, retraction ’. La correction consiste à publier une courte note pour expliquer une erreur, changer une affiliation, modifier une phrase, etc… L’expression de réserves ou mise en darde est une note expliquant que des erreurs, un plagiat, des fraudes ont été signalées et qu’une enquête est en cours ou doit commencer. La mise en garde est temporaire avant une décision. La rétractation explique que l’article ne doit plus être pris en compte car des erreurs honnêtes, des fraudes ont été reconnues par les auteurs ou établies par une enquête. Une note de rétractation accompagne l’article consultable pour les archives. Le pdf est modifié avec une mention sur chaque page de la rétractation (article du NEJM ), soit une surimpression en rouge du terme ‘retracted’, sur toutes les pages (article du Lancet ).

Les rétractations sont fréquentes

Chaque année, environ 1 500 articles sont rétractés de la littérature, et The Retraction Watch Database liste bientôt 24 000 articles rétractés. Il faut comparer ces 1 500 rétractations aux 2 ou 3 millions d’articles publiés par an. Pour la COVID-19, ce sont 15 articles qui ont été rétractés depuis janvier, deux ont été temporairement retirés des sites, et un a une expression de réserves notifiée le 20 mars sans décision (15 juin 2020).

Plutôt qu’accuser les revues qui publient des rétractations, soyons étonnés par les revues ne publient jamais de rétractation. Les rétractations sont regrettables, pas excusables. Elles sont l’un des marqueurs des dysfonctionnements de l’entreprise recherche qui incite à beaucoup publier ( Publish or Perish ). 

Tous les acteurs de l’entreprise recherche sont responsables

  • Les chercheurs et chercheuses veulent publier beaucoup et dans des revues prestigieuses. Le volume est mieux valorisé que la qualité des publications. Ils sélectionnent ou torturent des données pour écrire des contes de fées destinés à plaire…

  • Les rédacteurs en chef et comité de rédaction des revues recherchent la notoriété de leurs revues, évaluée par des indicateurs de volume et de citation. Les citations ne sont pas toujours basées sur la qualité des articles (c’est normal) : un article médiatisé est plus cité, un article douteux ou rétracté sera cité pour dire qu’il est suspect ou fraudé, etc…  La décision d’acceptation ou de refus peut favoriser ou retarder des carrières…

  • Les reviewers (experts externes évaluant les manuscrits) ont un pouvoir de l’ombre, car leurs noms restent cachés le plus souvent. Des conflits d’intérêts non financiers ou financiers peuvent guider leurs jugements. Des courants de pensée sont acceptés ou rejetés selon les opinions des reviewers. Rédacteurs et reviewers ont un a priori de bonne foi du travail évalué. Ils doivent dépister les problèmes méthodologiques sans accès aux données sources. Sauf si les auteurs les transmettent à ma revue, l’accès aux données sources reste la prérogative des universités.

  • Les universités sont dans une compétition mondiale, et une course aux financements. Elles recherchent et récompensent ceux qui publient beaucoup. Elles retardent ou ne veulent pas faire des investigations demandées par des revues pour ne pas risquer de nuire à leur image. Pour ces deux articles (NEJM et Lancet), l’université de Harvard devrait auditer Surgisphere, mais le fera-t-elle ?

  • Les financeurs allouent des ressources rares à un grand nombre de chercheurs. Beaucoup de jeunes chercheurs et chercheuses auront des difficultés pour avoir un travail. Ces compétitions poussent le système à des décisions contestées.

  • Les citoyens , les médias, les journalistes ont leur mot à dire dans cet écosystème. Est-ce que les thèmes de recherche doivent avoir un impact sociétal ? Doivent-ils répondre aux interrogations, souvent légitimes, du chercheur guidé par le facteur d’impact ?

Dans ce système, les mêmes personnes peuvent être dans un laboratoire de recherche, auteurs, membres de comités de rédaction, reviewers, décideurs dans l’université, membres de jurys d’évaluation, et des rivalités ou des ‘renvois d’ascenseur’ existent. Où sont les jeunes dans ce monde de la recherche ? Quelle est la moyenne d’âge des experts invités par les médias ? Quelle est la moyenne d’âge des décideurs, des membres des jurys ?

Les jeunes chercheurs et chercheuses pourraient être les acteurs du changement.

2ème partie : Le système ne devrait plus faire dériver des chercheurs honnêtes