Oui, adapter les apports nutritionnels des sujets hospitalisés dénutris constitue un vrai bénéfice clinique !

  • Schuetz P & al.
  • Lancet
  • 25 avr. 2019

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Chez les patients hospitalisés et à risque nutritionnel, le suivi d’un programme nutritionnel personnalisé (alimentation enrichie, compléments nutritionnels oraux (CNO) et recours à l’alimentation parentérale au besoin) durant le séjour hospitalier aurait un effet bénéfique sur leur état clinique et la mortalité à 30 jours. Ces résultats sont issus d’une étude multicentrique suisse indépendante menée en vie réelle, et viennent contredire les conclusions de deux précédentes méta-analyses1,2.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Plus de 30% des patients hospitalisés sont à risque de dénutrition, un état qui favorise la morbi-mortalité. Des recommandations préconisent l’administration de supports nutritionnels durant l’hospitalisation chez ces sujets (hors patients en situation de soins d’urgence ou devant subir une chirurgie). Or, ces préconisations manquent de preuves consistantes, voire sont contradictoires.  

Méthodologie

L’étude EFFORT (Effect of early nutritional support on Frailty, Functional Outcomes, and Recovery of malnourished medical inpatients) est un essai multicentrique pragmatique mené en ouvert. Les patients inclus devaient être des patients à risque nutritionnel (évalué par le nutritional risk screening (NRS 2002) ≥3 points) et hospitalisés durant plus de 4 jours dans l’un des hôpitaux suisses ayant participé à l’étude. Ces individus étaient randomisés dans un groupe intervention ou un groupe standard. Le groupe intervention avait pour objectif protéique fixé à 1,2 à 1,5 g/kg et 0,8 g/kg en cas d’insuffisance rénale. L’apport en protéine se faisait par enrichissement de l’alimentation oral, au besoin l’administration de compléments nutritionnels oraux (CNO) et éventuellement le recours à une nutrition parentérale. La prise nutritionnelle était réévaluée toutes les 24 à 48 heures. À la sortie de l’hôpital, des conseils nutritionnels étaient prodigués et des CNO prescrits si besoin. Les sujets du groupe standard s’alimentaient comme ils le désiraient sans recommandations spécifiques durant le séjour hospitalier et bénéficiaient des mêmes conseils et prescription de CNO en sortie.

Principaux résultats

Au total, 2.015 patients ont été inclus dans les analyses, 1.013 dans le groupe intervention et 1.038 dans le groupe contrôle. L’âge moyen des patients était de 72,6 ans et l’IMC moyen de 24,8 kg/m2. Tous les patients étaient à risque nutritionnel : 31% avaient un score de 3, tandis que 38% un score de 4 et 31% un score de 5 ou plus. 

  • L’adhésion au protocole testé était élevé, puisque 79% et 76% des patients du groupe intervention ont atteint les objectifs caloriques et protéiques. 
  • Durant leur séjour hospitalier, les sujets du groupe intervention ont reçu significativement plus de calories et de protéines que le groupe standard, respectivement 1.501 vs 1.211 kcal/j (soit 22,2 vs 18,2 kcal/kg/j) et 57 vs 47 g/j (soit 0,84 vs 0,70 g/kg/j) de protéines.
  • Au total, 91% des patients du groupe intervention ont reçu des CNO durant l'hospitalisation (vs 12% dans le groupe standard). Et en sortie hospitalière 24% des patients du premier groupe et 2% du second ont reçu une prescription de CNO.
  • À 30 jours, 23% des sujets du groupe intervention et 27% du groupe standard ont eu un effet délétère parmi ceux recherchés et constituant le critère composite principal d’évaluation (mortalité toutes causes, admission en soins intensifs, réadmission hospitalière, complication majeure, déclin fonctionnel), soit un odds ratio ajusté de 0,79 [0,64-0,97], p=0,023.
  • À 30 jours, 7% des sujets sont décédés dans le groupe intervention versus 10% dans le groupe standard, soit une diminution de 35% du risque.
  • Aucune différence n’a été mise en exergue concernant la proportion de patients ayant des effets indésirables en lien avec les apports alimentaires entre les deux groupes.

Principales limitations

Étude pragmatique.

Financement

Étude financée par la Swiss National Science Foundationet le Research Council of the Kantonsspital Aarau.