Œufs et risque cardiovasculaire : le débat serait-il enfin définitivement clos ?

  • Drouin-Chartier JP & al.
  • BMJ
  • 4 mars 2020

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Une récente publication du BMJ confronte les résultats d’une méta-analyse de données issues d’une revue de la littérature à ceux d’une méta-analyse de 3 larges cohortes prospectives américaines. Les analyses de l’une comme de l’autre ne montrent pas de sur-risque de maladie cardiovasculaire associé à une consommation modérée d’œuf à raison d’un œuf au plus par jour. Une stratification géographique montre que s’il n’existe pas de relation entre consommation modérée d’œufs et le risque cardiovasculaire chez une population américaine ou européenne, il pourrait y avoir une diminution du risque chez les sujets asiatiques.

Qu’apporte cette étude ?

L’étude Lifetime Risk Pooling Projectavait ravivé les controverses entre les experts sur le sujet. Les résultats présentés ici portent sur des effectifs importants et sont cohérents entre eux, en montrant l’absence de sur-risque cardiovasculaire global, et plus spécifiquement sur le risque d’AVC ou de maladies coronariennes.

Protocole de l’étude

Une revue de la littérature a permis d’identifier 28 études pertinentes ayant évalué le risque cardiovasculaire en fonction de la consommation d’œufs (n=1,7 millions de sujets). Ces données ont été traitées par méta-analyses et confrontées aux données poolées de trois cohortes prospectives de large envergure NHS (Nurses’ Health Study, 1980-2012, n=83.349 femmes), la NHS II (1991-2013, n=90.214 individus des deux sexes) et la HPFS (Health Professionals’ Follow-Up Study,1986-2012, n=42.055 hommes).

Principaux résultats

Les résultats des données poolées issues de la revue de la littérature ont montré :

  • Après ajustement sur les modes de vie, les facteurs associés à la consommation d’œufs ont révélé que la consommation d’un œuf au plus par jour n’était pas associée à un sur-risque cardiovasculaire, ni plus spécifiquement de coronaropathie ou d’AVC. 
  • Des analyses stratifiées réalisées à partir de différentes zones géographiques, n’ont révélé aucune association entre la consommation d’œufs et le risque cardiovasculaire aux États-Unis ou en Europe. En revanche, l’augmentation de la consommation d’œufs a été associée à une diminution du risque cardiovasculaire pour les cohortes asiatiques (-8% de risque, I2=44,8%).

Les résultats de la méta-analyse des données issues des trois cohortes prospectives (32 années de suivi) ont montré que :

  • Les plus forts consommateurs d’œufs de ces cohortes étaient plus susceptibles d’avoir un indice de masse corporelle (IMC) important, d’être diabétiques, fumeurs, de ne pas être traités par statines, d’avoir des antécédents familiaux d’infarctus du myocarde, de pratiquer peu d’activité physique et d’avoir une alimentation riche en calories, en viande rouge (transformée ou non), en céréales raffinées et sucrerie.
  • La consommation d’œufs a diminué dans la cohorte NHS II et HPFS entre 1980 et 1994, puis s’est stabilisée. En revanche, elle est restée à peu près stable dans la cohorte NHSII au cours du suivi, mais elle était déjà très inférieure aux deux autres cohortes à l’inclusion.
  • Les résultats issus de la méta-analyse de ces 3 cohortes confortent les précédentes données en montrant qu’une consommation modérée d’œuf – jusqu’à un œuf par jour - n’est pas associée à un risque plus important de maladie cardiovasculaire, ni plus spécifiquement d’AVC ou de maladie coronarienne.

Principales limitations

Les analyses ont révélé une forte hétérogénéité entre les études incluses. Nombreux professionnels de santé sont inclus dans les cohortes prospectives ne permettant pas d’élargir ces résultats à la population générale.