Obésité infantile, que pensez de la chirurgie bariatrique ?


  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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Chez l’enfant et l’adolescent, l’obésité ne peut pas être définie par un seuil comme pour l’adulte car le poids et la taille dépendent de l’âge et du genre. Ainsi, l’obésité sévère (définie par un IMC >120% du seuil d’IMC IOTF-301) et morbide (IMC > 140% du seuil d’IMC IOTF-30) toucherait 5 à 10% des adolescents obèses. En France, la fréquence de l’obésité sévère et morbide chez les adolescents n’est pas clairement déterminée. L’étude OBEPI en 2012 montre une fréquence de 0,5% pour la population des 18-24 ans. La fréquence chez les adolescents entre 13 et 18 ans serait quant à elle, comprise entre 0,3 et 0,5% (soit 5-10% des adolescents obèses).

Quelles sont les conséquences ?

  • Un adolescent aurait 70% de risque de développer une obésité morbide à l’âge adulte (IMC >40) lorsqu’il est atteint d’obésité sévère (IMC >120% de l’IMC IOTF-30), 44% de risque s’il est obèse (IMC IOTF-30
  • Durant longtemps, on pensait que les complications de l’obésité n’affectaient que les sujets adultes sévèrement obèses, alors que les anomalies métaboliques existent déjà chez les enfants et adolescents obèses. De même des pathologies organiques sont retrouvées chez ces sujets et compliquent le tableau : l’HTA affecterait jusqu’à 50% des adolescents obèses ; les dyslipidémies environ 50% des enfants obèses selon le degré d’adiposité abdominale ; l’apnée obstructive du sommeil et l’hypoventillation (8-17% des enfants obèses) ; les stéatoses hépatiques (9 à 38% des adolescents obèses) et le diabète de type 2 bien qu'il reste assez rare chez les jeunes obèses européens (moins de 1% en France, moins de 2% en Allemagne).
  • Au total, environ un tiers des adolescents obèses présenterait des symptômes cliniques significatifs de dépression et une qualité de vie jugée inférieure à la moyenne, des circonstances qui conduisent souvent à abandonner l’éducation formelle et à une certaine forme de rejet social.
  • De nombreuses études ont montré que l’obésité durant l’enfance et l’adolescence était associée à la morbidité cardiovasculaire et à la mortalité à l’âge adulte. Cependant, la réversibilité de l’obésité à l’âge adulte semble diminuer voire annuler ces risques.

Quelles solutions ?

  • Des études randomisées ont montré l’efficacité à court terme des modifications des habitudes de vie (nutrition et activité physique) sur l’IMC et les facteurs de risque d’obésité chez les enfants et les adolescents. Cependant, l’efficacité de ces traitements semble modeste (perte de 1,25 kg/m2 d’IMC après 3 mois à 2 ans de traitement) et n’apparaît pas significatif chez les adolescents.
  • Les auteurs de cet article mentionnent que la chirurgie bariatrique est réalisable chez les adolescents. Les trois techniques les plus utilisées sont le bypass, l’anneau gastrique et la sleeve gastrectomie.
  • Une méta-analyse récente indique une perte de 11,6 kg/m2 d’IMC après utilisation d’un anneau gastrique, 16,6 kg/m2 après un bypass et 14,1 kg/m2 après une sleeve sur un suivi de 6 à 36 mois.
  • L’anneau gastrique semble préféré par les patients car cette technique est purement restrictive, sans risque de malabsorption et sans traitement complémentaire. Par ailleurs, cette technique est réversible et le taux de complications sévères très faible (repositionnement de l’anneau, troubles gastro-intestinaux). Une étude menée en collaboration avec la CNAM en 2007 a montré que les résultats de cette technique étaient meilleurs chez les 15-39 ans que chez les sujets au-delà de 40 ans.

Focus sur la France

  • En France, 495 sujets mineurs ont subi une chirurgie bariatrique entre 2009 et 2013 (anneau gastrique dans 48% des cas, sleeve dans 38% et bypass dans 14%). Ces chirurgies ont été réalisées dans 51 centres différents, principalement privés (61%). Aucune donnée de suivi de ces sujets n’est disponible.
  • Quelques centres universitaires ont développé des programmes spécifiques de chirurgie bariatrique chez les mineurs (Angers, Paris-Bicêtre, Paris-Necker, Paris-Trousseau-Pitié Salpêtrière et Lille). Des programmes seraient en cours d’évaluation dans les hôpitaux universitaires de Nice, Caen et Strasbourg.
  • Pour encadrer les pratiques, la HAS a établi des recommandations concernant la chirurgie bariatrique chez les moins de 18 ans2.

À retenir

Si la chirurgie bariatrique est une option efficace chez l’adolescent présentant une obésité sévère ou morbide en cas d’échec d’interventions sur les habitudes de vie (nutrition, activité physique), il ne s’agit pas d’une procédure simple. Elle nécessite une prise en charge multidisciplinaire en centre expert dans le domaine. Et peu de données sont disponibles sur l’évolution physique et psychologique à moyen et long terme de ces sujets.