Obésité : des années de vie en bonne santé perdues…

  • Nyberg ST & al.
  • Lancet Public Health
  • 31 août 2018

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir

Les données individuelles de plus de 120.0000 sujets européens montrent que l’obésité légère à sévère est associée à une perte significative d’années de vie sans maladie entre 40 et 75 ans, par rapport à des sujets de poids normal, et ceci chez les hommes comme chez les femmes. Cette perte d’années de vie sans maladie apparaît quels que soient le statut tabagique, le niveau d’activité physique ou le statut socio-professionnel. Ainsi, les sujets en obésité sévère perdraient 7 à 8 années de vie sans maladie et ceux atteints d’obésité légère 3 à 4 années. Cette perte semble plus limitée (1 année) chez les sujets en surpoids. Un argument de plus s’il en fallait pour inciter à une prévention précoce de l’obésité ?

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

La perte d’années de vie sans maladie liée à l’obésité n’est pas précisément connue, ni de manière générale, ni en fonction de l’impact de facteurs modificateurs comme l’activité physique, le tabagisme ou encore le statut socio-économique. Le consortium IPD-Work est un projet de recherche collaboratif européen qui avait collecté en 2008 les données d’études de cohorte pour estimer l’association entre les facteurs psychosociaux professionnels et le risque de maladie chronique, de handicap et de mortalité. Ce même groupe a réalisé une méta-analyse de ces données pour évaluer la perte d’années de vie sans maladie chez des sujets en surpoids ou obèses, par rapport à des sujets de poids normal.

Méthodologie

Les données individuelles d’études de cohortes réalisées entre 1991 et 2008 sélectionnées par le consortium IPD-Work ont été poolées et utilisées pour mesurer le nombre d’années de vie sans maladie entre 40 et 75 ans. Elles ont ensuite été analysées en fonction de l’IMC des participants, du statut socio-économique, tabagique, et du niveau d’activité physique à l’inclusion. Les pathologies non transmissibles les plus courantes enregistrées (à l’inclusion et en cours de suivi) ont également été prises en compte : diabète de type 2, maladie coronarienne, cancer, asthme ou BPCO.

Résultats

  • Les données de 120.181 sujets issus de 10 études de cohorte ont été prises en compte dans l’analyse, avec une durée de suivi moyenne de 11,5 ans représentant ainsi 1.328.873 personnes-années à risque. L’âge moyen à l’inclusion était de 44,6 ans pour les homme et 43,4 ans pour les femmes.
  • Sur les 47.127 hommes inclus (39,2% de la population), 44,0% étaient en surpoids, 8,4% étaient en obésité de classe I et 1,5% en obésité de classe II. Chez les femmes (60,8%), 26,8% étaient en surpoids, 7,8% étaient en obésité de classe I et 2,2% en obésité de classe II. Au cours de la période de suivi, 8.159 hommes et 8.100 femmes ont développé au moins une maladie non transmissible.
  • De 40 à 75 ans, le nombre d’années sans maladie était de 29,3 [28,8-29,8] et 29,4 [28,7-30,0] chez les hommes et les femmes de poids normal et servait de référence.
  • Par comparaison, les hommes en surpoids perdaient 1,1 année [0,7-1,5] tout comme les femmes 1,1 [0,6-1,5]. Comme attendu, la perte d’années de vie sans maladie était nettement plus marquée chez les personnes obèses : -3,9 [2,9-4,9] pour les hommes en obésité de classe I et -2,7 [1,5-3,9] pour les femmes, et -8,5 pour les hommes en obésité de classe II-III [7,1-9,8] et -7,3 [6,1-8,6] pour les femmes.
  • L’obésité, l’inactivité physique, le tabagisme étaient plus fréquents chez les sujets ayant un statut socio-économique bas et ces critères étaient associés à un plus faible nombre d’années sans maladie. Chez les sujets atteints d’obésité de classe II-III, celui-ci variait de 7,1 (pour ceux qui n’avaient jamais fumé) à 10,0 pour les fumeurs actuels.

Limitations

L’hétérogénéité des méthodes d’évaluation constitue une limite de cette étude. Par ailleurs, seules les maladies non transmissibles les plus courantes ont été prises en compte.