Neuropathie Optique Ischémique Antérieure: penser au Syndrome d’Apnée du Sommeil

  • Dr Odile Mouries

  • JIM Actualités médicales
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La neuropathie optique ischémique (NOI) est la neuropathie optique la plus courante après l'âge de 50 ans. Responsable d'une baisse d'acuité visuelle définitive, elle tire toute sa gravité dans le risque de bilatéralité.

Aussi, il est important d'en découvrir et d'en traiter la ou les causes.

Devant une NOIA, certains facteurs de risque cardiovasculaires sont systématiquement recherchés (HTA, diabète, insuffisance coronarienne, antécédents d'AVC, dyslipémie, surcharges carotidiennes, hyperhomocystéinémie, tabagisme). Plus rarement, la NOIA a pu être imputée à une prise médicamenteuse (inhibiteurs de la phosphodiestérase 5), ou à une chirurgie de la cataracte.

Le syndrome d'apnée obstructive du sommeil (SAOS) est une étiologie plus récemment connue. Pathologie fréquente qui affecte 5 % de la population générale et 18 % des plus de 50 ans, elle induit des phénomènes métaboliques en cascade et expose les patients à des problèmes cardiovasculaires. La prise en charge thérapeutique du SAOS repose sur la ventilation à pression positive continue (CPAP) durant la nuit.

Une étude récente a analysé l'implication d'un SAOS dans la survenue d'une NOIA ainsi que l'importance de la prise en charge du SAOS dans la prévalence de l'atteinte du deuxième œil.

Sur une cohorte initiale de 118 patients présentant une NOIA, 29 ont été exclus de l'étude en raison d'un refus de subir un enregistrement polysomnographique. 89 patients, dont 58 hommes et 31 femmes, âgés en moyenne de 68 ans (55 à 94 ans) atteints de NOIA ont donc été suivis sur une période de 7 ans (1, 3, 6 mois après l'épisode initial puis tous les ans).

Chaque patient a bénéficié, dès le diagnostic de NOIA, d'un examen ophtalmologique complet comprenant la mesure de l'acuité visuelle, l'étude du segment antérieur et postérieur, la mesure de la pression intra-oculaire, des photographies (30 °) de la tête du nerf optique avec mesure du diamètre et de l'excavation papillaire, une angiographie à la fluorescéine ainsi qu'un examen du champ visuel automatisé.

Chaque patient, une fois la dépendance tabagique éventuelle évaluée, a systématiquement fait l'objet de mesures répétées de la pression artérielle diurne (8 fois par jour), d'un bilan biologique inflammatoire (vitesse de sédimentation et protéine C-réactive), d'une recherche de dyslipidémie, d'un doppler carotidien.

Un SAOS a été recherché grâce à un enregistrement polysomnographique, le SAOS se définissant par un indice d'apnée-hypopnée (IAH) de 15 ou plus par heure, une IAH de 30 caractérisant une forme sévère.

Un syndrome d'apnée obstructive du sommeil dans 75 % des cas

Au cours du bilan initial de NOIA, 67 % des patients étaient hypertendus et un SAOS à été retrouvé chez 67 des 89 patients, soit 75 % d'entre eux. Il s'agissait d'une forme modérée dans 36% des observations et d'un SAOS sévère dans 64 % des cas. Le traitement a été institué dans le mois suivant le diagnostic avec une CPAP de 3 heures minimum par nuit.

85 des 89 patients (96 %) ont pu être suivis plus de 3 ans mais dès l'inclusion, 13 patients présentaient une NOIA bilatérale, un patient était monophtalme, et 2 patients étaient déjà traités pour un SAOS. La fréquence de survenue de l'atteinte du deuxième œil n'a donc pu être étudiée que chez 73 malades.

Parmi eux, 52 présentaient un SAOS mais seulement 46 nécessitaient une CPAP, et parmi ces derniers, 22 seulement (48 %) ont adhéré de façon satisfaisante au traitement. Deux de ces 52 sujets (1 sous CPAP et l'autre non) sont décédés au cours du suivi.

A l'issue des 3 ans de suivi, 10 des 73 patients avaient présenté une atteinte de l'œil adelphe, et parmi ces 10 patients, 8 présentaient un SAOS. Dans l'étude multifactorielle, la non observance de la CPAP a été retrouvée de façon statistiquement significative associée à l'apparition d'une NOIA du deuxième œil.

La polysomnographie doit faire partie intégrante du bilan d'une NOIA

Cette étude a confirmé la fréquence du SAS au cours des NOIA et l'intérêt crucial de la mise en route d'une ventilation à pression positive dans la prévention de l'atteinte, potentiellement dramatique, du deuxième œil. Parallèlement à la recherche des facteurs cardiovasculaires habituels, la polysomnographie doit donc faire partie intégrante du bilan initial de toute NOIA.