Neuroborréliose de Lyme : quel impact à long terme ?

  • Obel N et al.
  • BMJ
  • 30 mai 2018

  • de Agnès Lara
  • Lecture critique
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À retenir 

Selon une large étude de cohorte danoise, un diagnostic confirmé de neuroborréliose de Lyme ne diminue pas la survie à long terme par rapport à la population générale. Cependant, le risque de cancer hématologique et cutané (non mélanome) est fortement augmenté. Pour expliquer le surrisque de cancer hématologique, les auteurs font l’hypothèse que celui-ci pourrait préexister de façon silencieuse et favoriser l’apparition d’une neuroborréliose après infection. Quant au surrisque de cancer cutané, il pourrait être lié à l’exposition au soleil plus fréquente de cette population. Par ailleurs, le niveau d’emploi, de revenu et le nombre de pensions d’invalidité perçues semble indiquer que la maladie réduit de façon modérée l’aptitude au travail sur la durée. 

Pourquoi est-ce important ?

La neuroborréliose de Lyme est l’une des infections du système nerveux des plus fréquentes. Maladie vectorielle transmise par les tiques, elle est due à une infection par Borrelia burgdorferi lato sensu incluant en Europe B. garinii et B. afzelii. Elle se manifeste le plus souvent par une méningoradiculite douloureuse, avec une augmentation des leucocytes dans le liquide céphalo-rachidien ou plus volontiers par une méningite lymphocytaire chez les enfants. Cependant l’évolution de ces patients est mal connue sur le long terme, notamment du fait de la qualité méthodologique insuffisante des études existantes. Cette étude observationnelle danoise a suivi une cohorte nationale de patients atteints de neuroborréliose et a comparé leur survie, leur état de santé et leur fonctionnement éducatif et social à ceux de la population générale.

Résultats

  • Sur la période de 30 années étudiée, 2.067 personnes ont eu un test intrathécal positif pour B. burgdorferi et un diagnostic clinique de borréliose de Lyme enregistrés dans les registres danois. Ils ont été appariés à une cohorte de population générale de 20.670 personnes.
  • Les membres de leur famille (n=3.793) ont également été appariés à une cohorte de la population générale (n=37.579) et servaient de référence.
  • 12% des patients atteints de borréliose de Lyme et 13% de ceux de la cohorte de population générale sont décédés au cours de la période de suivi. La mortalité des premiers ne s’est pas montrée supérieure à celle des seconds (RR de mortalité de 0,90 [IC95% :0,79-1 ,03]) et aucun surrisque de mortalité n’a été enregistré au sein des membres de leur famille.
  • En revanche, le risque de cancer hématologique (lymphome, myélome et leucémie lymphoïde chronique) était multiplié par 3, avec un risque relatif d’incidence de 3,07 [IC95% : 2,03-4,66]. Et cette différence persistait lorsque les patients ayant eu un contact avec un service d’hématologie dans l’année précédant l’inclusion étaient exclus.
  • Le risque de cancer de la peau non mélanome de ces patients était également plus élevé de près de 50% par rapport à la population générale (RR 1,49 [IC95% : 1,18-1 ,88]), et ce jusqu’à 10 ans après le diagnostic. Cependant, la mortalité par cancer hématologique ou cutané n’était pas significativement différente entre les deux cohortes.
  • Ce surrisque de cancer hématologique et cutané n’était pas retrouvé parmi les membres de la famille des patients atteints de neuroborréliose, éliminant ainsi la possibilité de facteurs de risque familiaux.
  • Le nombre de jours d’hospitalisation ou de consultations ambulatoires était beaucoup plus élevé chez les patients atteints au cours de l’année suivant le diagnostic, et ce risque perdurait durant plusieurs années, ce qui n’était pas le cas des membres de leur famille.
  • L’année du diagnostic, le taux d’emploi et le niveau de revenu étaient supérieurs dans le groupe des patients atteints de neuroborréliose par rapport à ceux de la population générale, mais se réduisaient par la suite. Ces patients étaient aussi légèrement moins nombreux à percevoir une pension d’invalidité avant le diagnostic, alors que le risque augmentait après. L’ensemble de ces observations était également vrai pour les familles des patients, mais aucun changement n’apparaissait par la suite.

Méthodologie

À partir des registres de santé danois, l’étude a inclus tous les résidents ayant reçu un diagnostic de neuroborréliose de Lyme entre 1986 et 2016 et les a comparés à une cohorte de population générale appariée selon l’âge et le sexe, l’index de comorbidité de Charlson et le risque de cancer à l’inclusion (date du diagnostic). Le diagnostic reposait sur la présence d’anticorps intrathécaux et le diagnostic clinique de Borréliose de Lyme.