NEOREP : quel est le délai définissant une récidive précoce ou tardive de cancer du sein ?

  • PLoS ONE

  • Par Nathalie Barrès
  • Actualités médicales
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Que sait-on déjà sur le sujet ?

Les chimiothérapies néoadjuvantes sont actuellement utilisées pour permettre une chirurgie conservatrice du sein lorsque le pronostic n’est pas bon. Il est admis que la récidive ipsilatérale d'une tumeur du sein est un facteur de risque à la fois pour les métastases à distance et la mortalité, sans pour autant que l’on sache si cette association est causale ou non. La difficulté en cas de récidive locale est de pouvoir distinguer les vraies récidives - c’est-à-dire celles liées à la résistance au traitement - des nouvelles tumeurs primitives, car la stratégie thérapeutique ne sera pas la même.

Qu’apporte cette étude ?

La récidive ipsilatérale, le temps de récidive et la survie sans métastases sont des éléments importants à considérer et dont l’association est difficile à explorer. L’étude NEOREP (Réponse à la chimiothérapie néoadjuvante) est une étude française ayant utilisé des méthodes par machine-learning (intelligence artificielle) pour intégrer ces paramètres via une analyse par Random Survival Forest (RSF). L’objectif était d’évaluer chez des femmes traitées par chimiothérapie néoadjuvante (CNA) la relation entre le temps avant récidive ipsilatérale d’un cancer du sein et la survie sans métastase. Ainsi, entre 2002 et 2012, 1.199 femmes ayant un cancer du sein et traitées par CNA ont été suivies. Parmi ces femmes, 44,2% avaient une tumeur luminale, 31,3% une tumeur triple-négative et 24,5% une tumeur HER-2 positive. Les données cliniques, radiologiques et pathologiques ont été extraites des dossiers médicaux. Le suivi moyen de ces femmes était de 59,8 mois.

Les principaux résultats sont les suivants :

  • Sur 22 variables explorées, le délai de récidive ispilatérale du cancer, la récidive locale et le sous-type moléculaire se sont révélés être les facteurs les plus fortement associés au délai de survie sans métastases.
  • La survie sans métastases augmentait linéairement avec l’augmentation du temps avant récidive, et ce jusqu’à atteindre un plateau pour une récidive ipsilatérale à 50 mois. Au-delà d’un délai de 50 mois avant récidive, la survie sans métastases restait stable. Ainsi, « 50 mois » pourrait être considéré comme un seuil approprié pour différencier les récidives précoces et tardives.
  • En ce qui concerne le sous-type moléculaire spécifiquement, le seuil des 50 mois était retrouvé pour les tumeurs triples négatives, mais il serait fixé à 75 mois pour les sous-types luminaux et HER2 positifs.

Impact en pratique

Ces résultats obtenus avec une approche non paramétrique confirment l’importance de la récidive locale, du délai avant récidive ipsilatérale et du type moléculaire de la tumeur, pour la survenue de métastases chez les patientes ayant un cancer du sein traité par chimiothérapie néo-adjuvante. Ainsi, ces résultats suggèrent que le seuil de 50 mois avant survenue d’une récidive locale pourrait servir d’indicateur pour guider la prise en charge médicale. Les auteurs indiquent que les termes « précoces » et « tardives » associés aux récidives font régulièrement l’objet de débat. Un seuil arbitraire de 2 à 5 ans est souvent cité, sans fondement précis. Or, ce seuil engage une prise en charge différentielle de par la typologie des récidives sous-jacentes. D’où l’intérêt de ces résultats. Ainsi, le temps avant récidive ipsilatérale semble être un élément déterminant du pronostic. Ces résultats nécessiteraient cependant d’être validés par des études complémentaires. Enfin, selon les auteurs, les patientes ayant une récidive locale précoce devraient être considérées comme ayant une maladie résistante aux traitements et devraient être invitées à participer à des essais cliniques utilisant de nouveaux traitements.

Principales limitations

L’utilisation d’une méthode sans valeur compréhensive habituelle (tels que le hazard ratio) pour l’interprétation des résultats.

Financements

Cette étude a été financée par le laboratoire Roche France.