Musiciens, nettoyez vos clarinettes pour préserver vos poumons !

  • Soumagne T et al.
  • Science of The Total Environment
  • 25 juil. 2018

  • de Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Une étude réalisée chez des musiciens dans l’Est de la France montre que quasiment tous les instruments à vent (95%) sont colonisés par des espèces fongiques. La présence de ces germes semble être favorisée par l’absence de séchage systématique après avoir joué, ou par le fait de ne pas changer régulièrement l’eau des humidificateurs de anche. Mais la source de ces champignons n’a pu être déterminée et semble n’être ni la salive, ni l’environnement domestique des musiciens. Il est probable que les conditions de chaleur et d’humidité au sein des instruments favorisent leur développement. Jusqu’à 80% des musiciens présentaient une sensibilisation aux souches présentes dans leurs instruments, une proportion nettement plus importante qu’en population contrôle, et donc un risque potentiel de pneumopathie d’hypersensibilité plus important à long terme. Les auteurs appellent à recommander un séchage systématique et un nettoyage régulier des instruments de façon à réduire l’exposition fongique.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Les musiciens qui jouent d’un instrument à vent sont exposés à un risque accru de pneumopathie d’hypersensibilité (PHS), dont certaines peuvent être fatales. Ces pathologies se caractérisent par une inflammation interstitielle liée à l’inhalation chronique de micro-organismes, des champignons essentiellement, qui contaminent le bec et la anche des instruments en l’absence de nettoyage régulier. Les études existantes se sont essentiellement intéressées aux bactéries responsables d’infections pulmonaires, mais les espèces fongiques impliquées dans les PHS et leur prévalence, les facteurs de contamination des instruments et l’épidémiologie des PHS chez les musiciens ont été peu étudiés. Des chercheurs de Besançon, Colmar, Reims, Nancy et Bruxelles se sont associés pour explorer ces différentes questions.

Méthodologie

Tous les musiciens jouant d’un instrument munis d’une anche (basson, clarinette, hautbois et saxophone) dans une école de musique ou un orchestre de la région de Franche-Comté ont été invités à participer à l’étude. Pour être inclus, ils devaient jouer au minimum une heure par semaine depuis au moins 3 ans. En plus d’un examen clinique classique, une analyse mycologique de la salive et une recherche sérologique des champignons les plus fréquemment retrouvés sur les instruments étaient pratiquées. Les musiciens étaient également interrogés sur leurs habitudes de jeu et de nettoyage de leur instrument. Les résultats ont ensuite été comparés à ceux d’une population contrôle (volontaires sains ne jouant pas d’instrument à vent).

Résultats

  • Quarante musiciens âgés de 18 à 77 ans ont accepté de participer à l’étude et aucun ne présentaient de symptômes respiratoires ni de crépitants à l’inspiration au moment de l’étude.
  • Les échantillons prélevés sur les instruments ont montré que 95% d’entre eux étaient colonisés par au moins une souche fongique et 75% l’étaient par au moins 3 souches différentes.
  • Au total, 27 espèces fongiques différentes ont pu être identifiées sur les instruments. Les plus fréquentes étaient Rhodotorula mucilaginosaPenicillium spp,Phoma sppEurotium amstelodamiFusarium sppet Candida spp. Elles différaient de celle retrouvées par des prélèvements contrôles dans différentes maisons de la région et étaient indépendantes de celles présentes dans la salive des musiciens (C. albicans dans la moitié des cas).
  • Certaines habitudes de pratique des musiciens ont pu être associées à une augmentation du nombre et de la concentration totale en espèces fongiques retrouvées sur les instruments, notamment l’absence de séchage systématique après avoir jouer, ou le fait d’utiliser un humidificateur de anche avant, sans en changer régulièrement l’eau.
  • La contamination fongique ne semblait pas plus importante chez les musiciens professionnels, chez ceux qui jouaient depuis plus longtemps, ou lorsque l’instrument ou la anche étaient plus anciens. En revanche, elle l’était sur les instruments à double anche (basson et hautbois).
  • Des précipitines étaient plus souvent présentes (jusqu’à 80%) dans le sérum des musiciens que celui de sujets contrôles (moins de 20%), témoins d’une sensibilité chez les sujets régulièrement exposés à un antigène. Mais il n’y avait pas de lien entre le taux d’anticorps et la durée d’exposition.

Limitations

Seuls le bec et la anche des instruments ont été analysés et l’on peut regretter l’absence de contrôle chez des sujets jouant d’un cuivre sans anche. Les examens pratiqués sur les musiciens ne permettaient pas d’identifier une éventuelle PHS infraclinique. Enfin, le faible nombre de participants constitue une autre limitation de cette étude.