Mortalité liée au COVID-19 : comparons ce qui est comparable !


  • Fanny Le Brun
  • Actualités Médicales
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De nombreux pays mettent à disposition leur décompte journalier des décès par COVID-19. La disparité internationale observée pose parfois question… L’Institut national d’études démographiques (INED) attire notre attention sur le fait que les données publiées dans chaque pays sont issues de dispositifs de collecte pas toujours comparables. Sept points de réflexion sont essentiels à l’analyse de ces données.

1. Délai avant publication d’un décès

Le délai entre la survenue d’un décès et sa publication est variable. En France, le délai légal pour déclarer un décès à l’état civil est de 24 heures mais il faut ensuite que celui-ci soit notifié aux agences sanitaires puis publié, ce qui prend plus ou moins de temps selon les situations. Ainsi, le total cumulé des décès annoncés quotidiennement par les institutions de chaque pays ne correspond que partiellement au total cumulé des décès réellement survenus le jour-même. Les nouveaux décès annoncés comprennent la partie des décès du jour déjà reportés dans le système d’information ainsi que les décès survenus les jours précédents, qui ont été progressivement reportés. Certains pays corrigent a posteriori les totaux journaliers précédents, en réaffectant les décès signalés tardivement, ce qui est important lorsqu’on s’intéresse à la dynamique quotidienne des décès dans les différentes phases de l’épidémie. Cependant, il ne sera probablement pas possible de corriger ces informations de manière systématique pour tous les pays avant la fin de l’épidémie.

2. Lieu du décès

La part et le système de décompte des décès survenus à l’hôpital, à domicile ou en établissement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) varie d’un pays à l’autre. En France, jusqu’au 5 avril, le cumul journalier des décès par COVID-19 ne concernait que les décès en milieu hospitalier avant que ne soit mis en place un système pour obtenir la mortalité quotidienne dans les EHPAD et les établissements médico-sociaux (EMS). Cette correction a relevé significativement l’impact de l’épidémie en termes de décès, ajoutant au 21 avril presque 7.900 décès en établissements aux 12.900 décès hospitaliers déjà cumulés. En revanche, les décès à domicile ne sont toujours pas comptabilisés. À ce stade, il est difficile de savoir si les chiffres annoncés dans les différents pays sont exhaustifs, partiels, représentatifs ou non des décès par COVID-19.

3. Cause du décès

La cause du décès peut être attribuée au COVID-19 à la suite de différents tests biologiques, d’un diagnostic clinique ou si l’infection est mentionnée sur le certificat de décès. Si les patients décédés à l’hôpital ont généralement été testés, les décès à domicile ou en établissements peuvent être qualifiés de manières diverses. D’un pays à l’autre, le décompte des décès par COVID-19 peut donc différer selon les critères retenus pour attribuer un décès à cette infection.

4. Date de début de l’épidémie

La pandémie n’ayant pas touché les pays au même moment, une des premières recommandations est d’aligner les courbes sur des dates correspondant au début de l’épidémie mais il n’existe pas de convention pour décréter le jour initial de l’épidémie.

5. Fluctuations quotidiennes

L’analyse des données journalières de mortalité par COVID-19 (décès quotidiens ou effectifs cumulés) est particulièrement précieuse pour la compréhension de la dynamique de l’épidémie (accélération, plateau, diminution). Cependant, les courbes des décès quotidiens sont très fluctuantes, probablement du fait de remontées de l’information qui ne sont pas instantanées ou en continu. Ce point est important car les dispositifs de remontée de l’information varient d’un pays à l’autre mais aussi au sein d’un même pays. Cet effet s’illustre par exemple par la chute des décès publiés durant les week-ends, suivie d’une hausse témoignant de la publication décalée de ces décès. Il s’agit d’analyser ces évolutions avec précaution, par exemple en « lissant » ces creux et pics ou en préférant interpréter des évolutions sur des périodes plus longues, notamment dans le cadre d’une analyse comparative entre pays.

6. Disparités régionales au sein d’un même pays

La taille variable des populations a forcément un impact sur le nombre de décès survenus durant l’épidémie. Il est donc nécessaire de tenir compte des différents effectifs exposés pour analyser le risque de mortalité. Cependant, c’est justement cette idée d’exposition qui pose question car avec les mesures barrières et le confinement mis en place, la circulation du virus a été limitée. Ce n’est donc pas l’ensemble de la population d’un pays qui a été soumise au risque de décéder du COVID-19, mais celle des régions où l’épidémie a flambé du fait de l’association d’un événement déclencheur (rassemblements de grande échelle) et de facteurs d’attisement (densité des populations, circulation, rencontres). Cela est essentiel à prendre en compte pour estimer les risques de mortalité et évaluer la létalité du COVID-19. Par exemple, en France, les deux régions les plus touchées concentrent 61% du total des décès alors que leurs effectifs ne représentent que 26% de la population. On observe alors des situations plus similaires entre la Bretagne et la Vénétie, plus épargnées, ou entre l’Ile-de-France, le Grand-Est et la Lombardie très touchées, qu’entre les différentes régions du même pays. L’ajustement sur les populations à l’échelle des régions semble donc un prérequis pour une comparaison des risques de mortalité.

7. Disparités selon l’âge et le sexe

Compte tenu de la vulnérabilité des plus âgés à ce virus, la structure par âge des populations des différents pays joue un rôle déterminant sur le nombre de décès. Le sexe est également important à prendre en compte car dans tous les pays on retrouve une prépondérance masculine parmi les décès liés au COVID-19. Les différences par sexe et âge doivent donc être prises en considération lors des analyses.

En conclusion, la comparaison des données brutes des décès entre les pays doit être maniée avec précaution. Il faudra probablement attendre la fin de l’épidémie pour disposer de données plus précises et plus complètes pour comparer ce qui est comparable…