Morphiniques : quelle attitude les MG adoptent-ils chez les patients cancéreux en fin de vie ?

  • Janah A & al.
  • J Palliat Med
  • 7 sept. 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Si la majorité des généralistes français disent prescrire des morphiniques en cas de douleurs liées à un cancer en fin de vie, près d’un quart s’appuie sur un avis spécialisé dans cet objectif. Les généralistes femmes et les médecins pratiquant seuls étaient les plus enclins à avoir cette attitude. En revanche, l’âge du praticien n’influençait pas les résultats, comme cela a pu être décrit par ailleurs.

  • Ces données peuvent aider à la mise en place d’actions de sensibilisation et de formation appropriées, dans le but d’améliorer ces chiffres.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Si les morphiniques constituent le traitement de première intention dans la prise en charge des douleurs chroniques sévères, il existe une certaine défiance vis-à-vis de leur utilisation, chez les patients comme chez les praticiens. Parallèlement, le médecin traitant joue un rôle de plus en plus important dans la fin de vie, notamment initié par le récent plan cancer 2014-2019. Certaines recommandations les incitent à prescrire des antalgiques appropriés face à la douleur chronique sévère, sans en référer systématiquement à un spécialiste. L’étude a cherché à évaluer si les MG sont plus systématiquement impliqués sur la prescription de ces antalgiques aujourd’hui.

Méthodologie

L’étude a été menée auprès d’un échantillon de médecins généralistes du sud-est de la France entre décembre 2015 et mars 2016. Au total, 475 praticiens ont été invités à participer à une enquête téléphonique. Les questions portaient sur leur propre pratique concernant les morphiniques chez les sujets en fin de vie, les difficultés qu’ils pouvaient rencontrer face à ce profil de situation clinique et leurs représentations concernant les morphiniques.

Principaux résultats

  • Parmi l’échantillon initial, seuls 361 ont répondu aux questions concernant la prescription d’opiacés aux sujets cancéreux en fin de vie. Dix ont été écartés (2,7%) car ils disaient n’en avoir jamais prescrits. Ainsi, la cohorte était composée de 70,3% d’hommes (56,5 ans d’âge moyen), pratiquant seul dans 47,5% des cas et en milieu urbain dans 95,6% des cas. Parmi eux, 64,1% suivaient jusqu’à 10 sujets atteints de cancer en 2015 et 73,7% avaient suivi moins de 10 patients en fin de vie à domicile au cours des deux dernières années.

  • Les médecins estimaient en premier lieu qu’ils avaient un rôle très important à jouer dans l’accompagnement médical et psychologique de leurs patients en fin de vie (65,9% dans les deux cas), alors qu’ils considéraient moins fréquemment leur rôle dans la prise en charge de la douleur comme très important (54,6%). Parallèlement, ils étaient 65 et 65,8% à estimer rencontrer des difficultés importantes ou très importantes à offrir un soutien psychologique à leurs patients ou à leurs proche, respectivement.

  • Au total, 77% des praticiens déclaraient être à l’origine de la prescription de morphiniques, alors que les autres l’avaient fait après avis d’un spécialiste.

  • Selon l’analyse multivariée, les femmes généralistes et ceux qui pratiquaient seuls étaient ceux qui prescrivaient le moins souvent les morphiniques de leur propre initiative (odds ratio ajusté 0,51 [0,28-0,95] et 0,42 [0,23-0,75] respectivement), ainsi que ceux indiquant avoir le plus de difficultés à accompagner les patients cancéreux en fin de vie (0,83 [0,73-0,93]). L’implication importante du praticien auprès de ce profil de patient était un facteur favorisant la prescription de sa propre initiative (1,15 [1,04-1,27]).

Principales limitations

  • Les médecins prescrivant ou non des morphiniques présentaient des différences sociodémographiques.

  • Le déclaratif concernant la prescription des morphiniques a pu être supérieur à ce qu’il était réellement.

Financement

Cette enquête fait partie d'une étude plus globale financée par la DREES, l'Inpes, l'Inserm et l'IreSP.