Modifier le traitement antihypertenseur des sujets âgés hospitalisés n'est pas sans risque...

  • Anderson TS & al.
  • JAMA Intern Med
  • 19 août 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

Intensifier le traitement antihypertenseur des sujets âgés durant l’hospitalisation pourrait conduire à certaines complications, sans apporter le bénéfice attendu. En effet, une étude américaine rétrospective a décrit qu’après une hospitalisation pour une pathologie non cardiaque, ceux qui avaient reçu un traitement antihypertenseur (anti-HTA) nouveau ou intensifié avaient un pronostic cardiovasculaire à 1 an similaire aux autres. Le risque à 30 jours de réadmissions ou d’évènements indésirables liés au traitement était, lui, supérieur. Par ailleurs, aucun bénéfice n’était observé dans cette analyse pour les seuls sujets présentant une HTA mal équilibrée avant hospitalisation et qui avaient bénéficié d’une telle modification de traitement antihypertenseur.

Une décision médicale isolée n’est pas toujours pertinente

Pour expliquer cette balance bénéfice-risque discutable, les auteurs rappellent que les augmentations de la pression artérielle durant l’hospitalisation peuvent être transitoires et ne pas justifier de prise en charge. Ils estiment également qu’une HTA non normalisée peut être justifiée aux yeux du médecin prenant habituellement le patient en charge dans certaines situations cliniques (pathologies chroniques, profil du patient….). Il est enfin possible que l’ajustement du traitement à l’hôpital ait perturbé le patient (erreur, inobservance…) ou ait été l’objet d’une modification par le médecin traitant. Cette étude constitue donc un argument pour une investigation exhaustive de la situation clinique de chaque patient, en lien avec les professionnels libéraux, avant d’envisager une modification de la thérapeutique.

Méthodologie

L’étude a été menée à partir d’une cohorte de vétérans américains dont les données 2009-2015 étaient disponibles. Tous les patients de 65 ans ou plus qui présentaient une HTA et qui étaient hospitalisés pour pneumopathie, infection urinaire ou thromboembolie veineuse ont été identifiés. Ceux pour lesquels un traitement anti-HTA a été initié ou intensifié (≥ +20% de la posologie) ont été séparés de ceux qui n’étaient pas concernés. Un appariement par score de propension a été mené afin de recruter des sujets comparables. Le suivi à 30 jours et à 1 an a été réalisé sur différents paramètres.

Principaux résultats

  • Au total, 4.056 sujets (âge moyen 77 ans, 97,7% d’hommes), répartis entre les deux groupes (intensification ou pas d’intensification) ont été intégrés à l’analyse après appariement sur le score de propension.
  • Les patients du groupe intensification étaient plus susceptibles d'être réadmis dans les 30 jours suivant leur sortie que le groupe sans intensification ou de subir un évènement indésirable sérieux (visite aux urgences, hospitalisation pour hypotension, chute, syncope, troubles électrolytiques, pathologie rénale aiguë) avec des taux de survenus respectifs de 21,4% versus 17,7% et de 4,5% versus 3,1%, soit un hazard ratio de 1,23 [1,07-1,42] et 1,41 [1,06-1,88].
  • Parallèlement, la fréquence des événements cardiovasculaires à 1 an (IDM, angor, AVC, insuffisance cardiaque, HTA) était la même dans les deux groupes (13,8% vs 11,9%).
  • À 30 jours, la fréquence des événements cardiovasculaires était également supérieur dans le groupe intensification (3,6% vs 2,2%), sans différence en termes de mortalité.
  • Dans une analyse de sensibilité, les auteurs ont formé des cohortes appariées des sujets étant ou non normalisés avant l’hospitalisation (PAS ≥ ou