Mise en place du télé-AVC en France, où en est-on ?

  • Ohannessian R & al.
  • Rev Neurol (Paris)
  • 1 mai 2020

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Cette revue de la littérature française a fait le point sur la mise en place des dispositifs de téléconsultation et de téléthrombolyse pour la prise en charge des AVC aigus sur l’ensemble du territoire métropolitain.
  • Elle montre que la mise en place de ces dispositifs dans les différentes régions de France est faisable et sûre et qu’elle améliore l’accès aux soins, avec toutefois des scénarii variables d’une région à une autre.
  • Les auteurs appellent les autorités de santé à la création d’outils spécifiques comme un registre digital des AVC ou une plateforme d’enregistrement des activités de télé-AVC, pour affiner davantage l’observation des usages et développer la télémédecine dans ce domaine.

 

Pourquoi est-ce important ?

Le télé-AVC s’est développé au cours des 20 dernières années dans l’objectif d’améliorer l’accès au diagnostic et à la prise en charge des patients victimes d’AVC sur l’ensemble du territoire. Il s’appuie sur les unités neurovasculaires (UNV) de recours qui disposent notamment de l’appui d’un centre de neuroradiologie interventionnelle (NRI) 24h/24* ou sur les UNV de territoire et qui permettent de délivrer rapidement une expertise neurologique à distance, y compris dans les territoires où le maillage en UNV est insuffisant. Le télé-AVC est aujourd’hui présent dans la plupart des régions de France, mais aucune évaluation n’avait encore été réalisée au niveau national. C’est ce à quoi se sont employés des chercheurs de Besançon, Paris et Lyon.

Méthodologie

Ils ont passé en revue toutes les publications concernant l’usage de la télémédecine dans la prise en charge des AVC en France et ont colligé les informations concernant le volume de patients pris en charge pour un AVC aigu par télémédecine et/ou traité par téléthrombolyse, l’efficacité clinique, le délai de prise en charge à partir de l’apparition des premiers symptômes, la sécurité d’usage et l’impact médico-économique, ainsi qu’en termes de santé publique.

Résultats

  • La revue de la littérature a ainsi retenu 24 publications (13 articles publiés, 11 abstracts) parues entre 2012 et 2018. Elles étaient issues de 6 anciennes régions françaises : l’Auvergne, la Bourgogne, la Franche-Comté, l’Ile de France, la Lorraine et le Nord-Pas-de-Calais. Parmi les 13 articles publiés figuraient des études rétrospectives observationnelles (7), expérimentales ou quasi-expérimentales (2) et médico-économiques (4). Toutes ont fait apparaître une organisation dans laquelle le patient téléthrombolysé dans un centre distant était ensuite transféré vers une UNV du centre hospitalo-universitaire le plus proche, sans différences significatives quant au résultat (délais de mise en place du traitement, au taux d’hémorragie et de mortalité).
  • La Franche-Comté et le Nord-Pas-de-Calais avaient le nombre le plus élevé de téléconsultations.
  • Le taux de téléthrombolyse a été mesuré dans seulement 2 régions et a montré une nette augmentation en Franche-Comté entre 2004 et 2015 (passant de 0,2% à 9,9%, soit près de 500% d’augmentation), ainsi qu’en Bourgogne (+76% entre 2009 et 2012). Des chiffres à rapporter à une augmentation de 66% des thrombolyses observée au niveau national entre 2011 et 2016.
  • L’analyse médico-économique a fait apparaître que la téléconsultation augmentait le coût moyen de la téléthrombolyse (3.930 avec télémédecine contre 1.577 euros sans) et que les transferts interhospitaliers représentaient le premier poste de dépense. Les coûts de prise en charge de l’AVC étaient moins importants lorsque la thrombolyse était pratiquée directement au sein du centre hospitalier référent, et non dans l’hôpital de proximité avec transfert par la suite. Un résultat confirmé par une étude menée en Lorraine qui a montré que le rapport coût-efficacité était meilleur lorsque les patients étaient thrombolysés directement dans le centre hospitalier référent et qu’ils y restaient ensuite sans revenir au sein de l’hôpital distant.

 

 * Seuls 7% des établissements disposaient d’une Unité NRI en 2017 selon la HAS.