MICI : régime anti-inflammatoire ou alimentation plaisir ?


  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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Que sait-on de l’impact de l’alimentation sur le risque de MICI ?

Les données de la littérature indiquent qu’une alimentation riche en viande rouge, sucres, boissons sucrées, confiseries et faible en légumes et légumineuses augmenterait le risque de maladie inflammatoire chronique des intestins (MICI). Inversement, une alimentation riche en fruits et légumes et en acides gras oméga 3 provenant des poissons serait associée à un plus faible risque de MICI.  

Impact des aliments ultra-transformés

Certains experts émettent l’hypothèse que les additifs alimentaires (maltodextrines, carraghénanes, carboxyméthyle cellulose) présents dans les aliments ultra-transformés pourraient contribuer à augmenter le risque de développer une MICI. Peu de données existent encore, mais les résultats d’une étude provenant de la cohorte NutriNet-Santé sont attendus.

Quelle alimentation préconiser pour les patients souffrant de MICI ?

L’auteur de cette revue précise que l’alimentation n’est pas à l’origine des poussées inflammatoires (hormis situation exceptionnelle comme la sténose intestinale). Lors d'une poussée inflammatoire, il peut être intéressant durant quelques jours de supprimer les produits laitiers (s’ils favorisent les symptômes) et de réduire le nombre de selles et leur volume par une alimentation pauvre en résidus (suppression des aliments contenant des fibres, notamment fruits, légumes, céréales complètes). Dans certaines situations, la rémission de la maladie est obtenue par l’exclusion totale de l’alimentation et le passage momentané à une nutrition artificielle. La réintroduction des aliments en respectant l’équilibre alimentaire doit être progressif. 

Et en dehors des poussées inflammatoires ?

Aucun régime spécifique ne prévient une poussée inflammatoire. L’alimentation doit être équilibrée, saine, et couvrir les besoins nutritionnels de l’individu. Cette alimentation sera cependant adaptée à la tolérance digestive du sujet et à l’évolution de sa maladie.  

Quelles sont les principales erreurs alimentaires chez ces patients ?

Les patients ayant supprimé certains aliments lors d’une poussée inflammatoire hésitent parfois à les réintroduire, il s’agit là de l’une des erreurs les plus fréquentes. Ainsi, certains prolongent un régime sans résidus après une poussée inflammatoire ou espèrent prévenir les récidives en supprimant le gluten, le lactose, les fruits et légumes, la viande ou encore la prise de compléments alimentaires au long cours sans avis médical. Plutôt qu’un régime sans sel strict en cas de corticothérapie, l’auteur préconise d’augmenter les protéines et de réduire les graisses. 

Et les régimes anti-inflammatoires ou anti-MICI ?

L’auteur rappelle qu’il n’existe à ce jour aucune preuve de bénéfice clair d’un régime d’exclusion quel qu’il soit sur les poussées inflammatoires des MICI. Ainsi, pour lui, jus de légumes anti-inflammatoires, cures de détox, régimes « chasseurs-cueilleurs et paléolithiques et le jeûne thérapeutique" n’ont pas fait les preuves de leurs bénéfices et pourraient favoriser des déséquilibres alimentaires ». Le régime FODMAPs qui a montré un bénéfice dans le syndrome de l’intestin irritable présenterait un intérêt dès le premier mois sur les symptômes (ballonnements et diarrhées), mais ne modifierait pas l’inflammation.

Quid des supplémentations ?

Les preuves de l’intérêt d’une supplémentation en oméga-3 ont été apportées dans des études de phase 2, mais pas par des études de phase 3. Quant aux nombreux compléments alimentaires se targuant d’agir contre l’inflammation, ils n’ont démontré ni leur efficacité, ni leur innocuité. Ils ne doivent de fait pas être recommandés. Certains probiotiques ont montré un bénéfice dans la rectocolite hémorragique et la pochite, mais pas dans la maladie de Crohn. La supplémentation en vitamine (notamment vitamine B9, B12, D, fer, zinc) ne doit être envisagée qu’après une confirmation de la carence par un bilan sanguin. Enfin plus globalement, c’est une vie saine associant la consommation de produits frais, de saison, de poisson, limitant la consommation de produits industriels et favorisant le recours à des protéines végétales plutôt qu’animales qui doit être préconisée. Sans oublier le rôle important de l’arrêt du tabac, de la modération de la consommation d’alcool, ainsi que la pratique d’une activité physique régulière sur l’inflammation.

Le suivi par un/une diététicien-ne

Un accompagnement diététique et nutritionnel de ces patients, dès le diagnostic de la maladie et tout au long de celle-ci, et notamment lors des modifications de l’alimentation en cas de poussée inflammatoire et du retour à une alimentation plus diversifiée est tout à fait essentiel.