MICI : quelles interventions nutritionnelles proposer ?

  • Pigneur B & al.
  • Therap Adv Gastroenterol
  • 1 janv. 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) sont des maladies liées aux modes de vie occidentaux, comme le montrent les modifications épidémiologiques de la maladie parmi les personnes ayant migré d’un pays de faible à un pays de forte incidence. Les habitudes alimentaires occidentales, avec une consommation importante de graisses, sucres, viande, et faible en fruits et légumes, sont incriminées et certains additifs utilisés dans l’alimentation transformée ont été décrits comme pouvant favoriser l’inflammation intestinale. Therapeutic Advances in Gastroenterology propose une revue sur la recherche  dédiée aux interventions nutritionnelles visant à améliorer la clinique des MICI.

La triple interaction alimentation – microbiote - hôte

L’alimentation interagit directement avec la barrière intestinale et indirectement avec le microbiote. L’existence d’une dysbiose est aujourd’hui bien démontrée chez les sujets souffrant de MICI : modification de la biodiversité, de la répartition des différentes espèces… Certaines espèces bactériennes du microbiote sont impliquées dans la fonctionnalité de la barrière intestinale, en interagissant notamment avec des aliments comme les fibres. De plus, les antigènes alimentaires peuvent favoriser notamment une inflammation de bas grade systémique et une activation de certains médiateurs immunitaires. In fine , les antigènes alimentaires comme bactériens sont deux acteurs majeurs influençant la pathogénie de la maladie. Les traitements actuels agissent sur la réponse immunitaire associée à la maladie, mais les approches alimentaires pourraient, à l’inverse, agir en amont, sur l’installation de la cascade inflammatoire.

Interventions nutritionnelles thérapeutiques

La nutrition entérale exclusive a été décrite comme supérieure au traitement par corticoïdes par plusieurs études randomisées et méta-analyse chez l’enfant présentant une maladie de Crohn active. Elle offre globalement une induction de la rémission clinique comparable mais une cicatrisation muqueuse plus fréquente. Une méta-analyse menée à partir d’études similaires chez l’adulte conclut en revanche à une efficacité supérieure des corticoïdes sur l’induction de la rémission.

Les études visant à évaluer l’intérêt de ces approches pour le maintien de la rémission sont plus rares et souvent menées en ouvert ou rétrospectivement. Elles suggèrent cependant une meilleure efficacité lorsque la nutrition entérale (exclusive ou en supplémentation quotidienne) est associée au traitement pharmacologique, par rapport à ce dernier pris seul. Les conclusions de l’étude randomisée prospective française GETAID sont attendues.

Régimes alimentaires spécifiquement développés

Une approche nutritionnelle associant nutrition entérale partielle et un régime alimentaire strict évitant notamment le gluten, les produits laitiers, les graisses animales et les aliments transformés (régime CDED) a montré de bons résultats en termes d’induction de la rémission dans des études préliminaires menées chez des enfants ou jeunes adultes.

Plus récemment, de premières études visant à développer un régime alimentaire oral dont la composition serait proche de celle de la nutrition entérale ont montré sa capacité à obtenir de bons résultats inflammatoires et sur le microbiote (régime CD-TREAT).

Le recours au régime SCD, initialement développé pour le traitement de la maladie cœliaque (exclusion des blé, riz, maïs, orge…) offre des résultats intéressants sur le plan clinique, certaines études décrivant des rémissions ou maintiens de la rémission améliorés par rapport au seul traitement médicamenteux.

Les données concernant les régimes pauvres en FODMAP (Fermentable Oligosaccharides Disaccharides Monosaccharides And Polyols), les régimes lacto-ovo-végétariens sont rares mais plaident pour un intérêt clinique. Le régime sans gluten améliorerait le confort digestif. Aucune donnée n’existe concernant l’intérêt du régime paléolithique (sans produits céréaliers et dérivés, produits laitiers, légumineuses et aliments industriels). Par ailleurs, quelques études se sont intéressées à la supplémentation en oméga-3 ou en curcuma, mais elles étaient trop petites pour conclure.

Conseils aux patients

Les sujets souffrant de MICI tendent à établir eux-mêmes des régimes d’exclusion en évitant des aliments qu’ils associent à leurs symptômes. Ils sont aussi très en demande pour des conseils sur le sujet. Si les études doivent se poursuivre sur le bénéfice apporté par les différents régimes évoqués, il semble qu’un conseil diététique puisse être apporté en recommandant une alimentation riche en fruits, légumes et poissons, limitant l’alimentation industrielle, y compris dans l’enfance afin de limiter les risques de maladie intestinale. L’hygiène de vie (alcool, tabac, activité physique) restent des éléments importants. Dans tous les cas, il faut mettre en garde contre le risque de réduire l’apport calorique quotidien. La recherche de carence en micronutriments peut être utile.